Le monde du fleuve de Philip José Farmer

Le monde du fleuve

Le vendredi 20 août 2004 par Mario_Heimburger

L’audace des auteurs de SF de l’âge d’or n’a rien à voir avec la froide logique des créations d’aujourd’hui, où toutes les choses doivent s’inscrire dans un cadre connu. Ainsi, des auteurs comme K.Dick ou Farmer ont toujours su dépayser et déranger le lecteur.

Avec le Monde du Fleuve, Farmer nous précipite dès les premières pages dans l’inconnu : un jour, l’ensemble de l’humanité (plus de 36 milliards de personnes) se réveille sur les berges d’un fleuve qui semble infini, sans savoir pourquoi. Tout semble avoir été prévu pour qu’ils puissent survivre, mais les instincts humains reprennent vite le dessus, et partout, guerres et crimes s’installent. Richard Francis Burton, explorateur du XIXème siècle, préssent que tout cela arrive à dessein. Il ne se contente pas de vivre au jour le jour mais cherche à découvrir la vérité derrière les apparences, et part en quête de ceux qui ont construit ce monde étrange et qui les ont placé ici.

Bien que le style de Farmer soit très simple, on se prend rapidement au jeu, et malgré le décor terriblement répétitif (un fleuve, bordé de plaines et colinnes et bloqué par de hautes montagnes) arrive a donner une image claire d’un univers paranoïaque, où Goering persécute à nouveau les juifs, où les conflits de religions et d’ethnies sont plus vivaces que jamais.

Il y a quelques ellipses un peu violentes, caractéristiques d’une façon d’écrire spontanée des auteurs de cette époque, qui ne savaient que rarement au début de leur roman où leur texte allait les mener, mais les rebondissements sont passionnants.

Ce texte donna lieu à cinq suites, disponibles chez le même éditeurs, et le moins que l’on puisse dire est que l’achèvement de la lecture du premier livre donne terriblement envie de découvrir ce qui se cache réellement derrière cette machine infernale. Surtout que le mystère ne cesse de s’épaissir, et qu’on nous promet des rencontres historiques par la suite également...

Bref, un roman qui se lit vite, riche en idées et qui donne envie d’explorer ces mondes que la SF moderne essaie de remplacer, sans le moindre succès la plupart du temps. A suivre...


  • > Le monde du fleuve  8 octobre 2004, par jacques Gaillard
    Tout en lisant votre commentaire je suis d’un oeil écarquillé l’adaptation télévisuelle que M6 diffuse en ce moment, je pense que c’est une première pour le monde du fleuve. En fait cela ressemble à un enterrement de première classe, à vous dégouter de lire cette oeuvre foisonnante. Tout ce que j’aime chez Farmer, son humour, ses provocations et même ses idées fixes, a été soigneusement gommé. Moi qui l’aimais pour ses tendances iconoclastes j’ai le triste privilège de le découvrir sous la forme d’une bouillie politiquement correcte. A quelque chose malheur est bon, je crois que je vais le relire.
    Répondre à ce message