Le livre du magicien de Paul Doherty

The Magician’s Death

Le livre du magicien

Le dimanche 5 mars 2006 par Sheherazade

Philippe IV de Valois, surnommé “le Bel” et son beau-frère et néanmoins cousin, Edward Ier d’Angleterre, dit “Longshanks”, se détestaient cordialement si l’on peut dire. Chacun d’entre eux était convaincu que le royaume de l’autre lui appartenait. Afin d’éviter encore plus de guerres, Le Bel parvint à imposer à Edward Ier un traité de paix, tout en lui concédant la Gascogne il lui fit signer la promesse de mariage entre sa fille Isabelle et le futur Edward II, avec l’espoir que leur petit-fils coifferait la couronne des deux pays.

Après qu’à Paris deux espions du roi d’Angleterre aient été surpris en train de voler le manuscrit soi-disant original, chacun des deux rois est désormais convaincu de posséder le document original écrit par le Franciscain Roger Bacon, prétendument magicien ; ces écrits étant rédigé en un code particulièrement compliqué inventé par le moine, les deux souverains imposent l’un à l’autre une réunion dans le Dorset afin de déchiffrer le manuscrit, car il est dit que celui qui en dévoilera les secrets possédera un savoir d’une puissance extraordinaire.

Afin de superviser la réunion à Corfe Castle, Sir Hugh Corbett, détenteur du Sceau Royal et maître espion, est envoyé sur place avec Ranulf-atte-Newgate, son assistant qui prèfère les ruelles tortueuses et la foule de Londres à la campagne et les forêts. ainsi que Bolingbroke, l’un des deux survivants de Londres. Face à lui, pour superviser les professeurs de la Sorbonne, savants capables de déchiffrer les codes de Bacon, figure son ennemi juré, Amaury de Craon maître espion de Philippe IV et assassin sans scrupules.

Au domaine règne déjà la désolation en raison de crimes odieux ; une jeune fille du village a disparu et cinq autres ont été retrouvées mortes, tuées d’un carreau d’arbalète. Pour les villageois superstitieux il est presque certain le château est maudit. Les jeunes filles n’avaient rien en commun, sauf leur sexe et leur âge, et le fait qu’elles trouvaient du travail au château ou à l’auberge du village.

Tout en supervisant les préparatifs des réunions des savants, Hugh Corbett promet de faire toute la lumière sur ces crimes atroces, d’autant plus que d’aucuns murmurent que les coupables sont les hors-la-loi vivant dans la forêt ; cette bande de pauvres hères subsistant péniblement à l’aide de rapines et de braconnage n’a pas pu se rendre coupable de telles ignominies, ce n’est pas leur mode d’opérer.

Mais Corbett va avoir bien plus que ces crimes-là à élucider ; l’un des professeurs de la Sorbonne est victime d’un accident cardiaque, Hugh soupçonne un meurtre, d’autant plus que parmi les savants se trouve un de ses amis qui lui confirme que cette venue en Angleterre signifie probablement leur arrêt de mort à lui et ses collègues ; effectivement Philippe le Bel déteste les professeurs de la Sorbonne qui n’hésitent pas à critiquer ses actions guerrières notamment. L’avenir ne va pas tarder à lui donner raison car lui-même trouvera la mort peu après, ainsi que le dernier de ses collègues présents. Pour Hugh Corbett les meurtres ne font aucun doute et il va avoir bien des difficultés à faire éclater la vérité car de Craon est un ennemi fourbe mais subtil. Par ailleurs, dans les alentours des personnages surprenant surgissent, des pirates flamands probablement à la solde du roi de France, des soi-disants marchands espagnols. Pour Corbett et ses assistants, il semblerait bien que Corfe Castle doive faire face à une attaque d’envergure, mais pour quelles raisons, c’est là tous le mystère que Hugh et Ranulf auront bien des difficultés à démasquer, au péril de leurs vies comme toujours.

Cette nouvelle enquête de Sir Hugh Corbett est l’une des plus passionnantes que j’aie lu dans toute la série. Résoudre les crimes des jeunes filles du village et démasquer les assassins des savants de la Sorbonne, sont deux actions intriquées qui font du «  Magician’s Death  » un roman passionnant, difficile à lâcher.

Généralement, je préfère la série des enquêtes du Frère Athelstan, héros d’autres enquêtes médiévales écrites sous le pseudonyme de Paul Harding, d’autant plus que les enquêtes d’Hugh Corbett contiennent beaucoup d’éléments d’espionnage et documentaires, au demeurant fort intéressants, sur l’époque d’Edward Ier dont Doherty est un grand spécialiste.

Mais ici, dès les premières pages, le lecteur est emmené dans les méandres d’un jeu politique et sournois de grande envergure dont le crime est l’un des éléments, mais où se mêle aussi l’élément humain de la disparition et des crimes des jeunes villageoises. Ranulf semble prendre plus d’importance que dans les enquêtes précédentes, en se chargeant du travail sur le terrain alors que Sir Hugh passe plus de temps à réunir des éléments d’enquête.