Le grand bond en arrière de Serge Halimi

Le grand bond en arrière

Le dimanche 16 octobre 2005 par Mario_Heimburger

Il y a des livres qui se révèlent être des parcours initiatiques, jonchés d’épreuves exténuantes. Celui de Serge Halimi en fait partie : 560 pages de terreur pure. Beaucoup mieux qu’un Stephen King, plus impressionnant, plus réaliste. Et pour cause : c’est la réalité.

"Le grand bond en arrière" est sous-titré "comment l’ordre libéral s’est imposé au monde". Au cours de différents chapitres, Halimi condense trente années de progression libéraliste, depuis ses plus farouches théoriciens jusqu’aux plus populaires défenseurs masqués. Les Etats-Unis sont bien sûr passés au crible. A grand renforts de faits et de citations des principaux intéressés (et on les laisse en liberté après ça !), Halimi nous montre comment le libéralisme a fini par devenir la seule et unique solution, après que toutes les autres aient été soigneusement rendues impossibles.

Ainsi, on découvre avec terreur comment l’idée s’est développée, comme une larve qui finit par manger son environnement direct, jusqu’à produire tout le vocable de la mondialisation afin de justifier toutes les mesures qui nous ramènent progressivement mais sûrement vers l’âge des grands barons du XIXème siècle.

Car ce qui se traduit surtout dans le livre, c’est comment une minorité s’arroge de plus en plus de pouvoir et de ressources sur la planète, jusqu’à déséquilibrer encore plus un monde qui l’était déjà beaucoup, le tout en prenant un minimum de risque. Dans une perspective historique de mise en évidence des carences de ce système (que ce soient les crash de 29 ou de 87, la faillite de l’Argentine ou de la Nouvelle-Zéelande, les colmatages et les fuite en avant "les réformes ne sont pas encore allées assez loin"), Halimi joue réellement à nous faire peur.

Evidemment, le parti-pris est évident : pour l’auteur, le libéralisme est une aberration et son livre un réquisitoire. Mais difficile de ne pas être convaincu lorsqu’à travers les discours et les citations on observe des paralèlles saisissants entre les situations de trois pays, lorsqu’on voit à quel point le vocabulaire du libéralisme évite les mots "capital" et "libéralisme" au profit de "économie de marché" et "réformes", lorsqu’on se rend compte du basculement à droite forcé et contraint de ce qu’on appelle la gauche qui devient à ce niveau plus royaliste que le roi (cf. gouvernement Jospin).

Et même si le livre se termine par une note d’optimisme tout à fait incongrue au regard de ce qui précède, la plongée en enfer dans l’univers de l’argent, de la corruption, du déni de démocratie, de la communication et d’un système global aveugle à ses propres échecs ne peut que laisser des marques durables dans la perception du monde.

Un grand livre. Un livre essentiel.


  • Le grand bond en arrière  13 septembre 2007

    Je ne peux qu’aller dans le sens de cet article : pour être conscient depuis longtemps que le monde marche sur la tête, ce livre a synthétisé l’engrenage qui nous conduit vers un avenir très difficile.

    On peut effectivement parler de révélation, l’analyse est pointue, documentée et sans appel. Il y a l’avant, et l’après : lisez le !


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