Le bonheur dans le crime de Jacqueline Harpman

Le bonheur dans le crime

Le dimanche 22 août 2004 par Sheherazade

Un embouteillage monstre se forme à Bruxelles en raison d’une averse tournant rapidement à la tempête, bloquant toute circulation. Une voiture est arrêtée devant une superbe maison en style Art Nouveau ; au volant, un homme - médecin et prêtre - se souvient de son histoire, de ses habitants ; celui qui l’accompagne le pousse à lui raconter cette histoire.

L’homme se fait prier : n’est-il pas tenu par un double secret professionnel, même s’il n’y croit pas trop lui-même ; il semble heureux de s’écouter parler. C’était une maison étrange tant par l’atmosphère qui s’en dégageait de l’extérieur que par celui qui s’y rendait en qualité de médecin, de visiteur, presque d’ami.

La famille qui y habitait, sous un abord simple en apparence, était surprenante aussi, lisse, belle, surprenante. Irréelle lorsqu’on se mettait à fréquenter ces Dutilleul : les parents professeurs, aspirant au calme que ne leur offraient pas leurs quatre enfants. Les aînés, se comportant comme des jumeaux avec leurs propres codes et leurs secrets, n’aimant personne d’autre qu’eux-mêmes. Ensuite leur jeune soeur, d’une jalousie maladive jusqu’à l’hystérie, haïssant tout le monde, et elle-même en particulier. A tel point qu’elle mettra tout en oeuvre pour les détruire tous. Le petit dernier, le tendre, l’enfant sage, celui qui dans cette famille athée a décidé d’entrer dans les ordres tout simplement parce qu’il croit en Dieu et qui sera broyé par la haine de sa jeune soeur.

Il reste encore - à l’étage - la grand-mère, peu aimable et aimant peu, manipulant tout ce petit monde de loin.

L’histoire de la maison est pesante, elle s’alourdit au fil du récit, au fil de cet embouteillage qui n’en finit pas. A l’extérieur de la voiture, la tempête s’intensifie et le récit de la maison se dramatise. Le narrateur est convaincu de sa propre lâcheté, il insiste auprès de la personne assise à ses côtés qu’il eût dû parler peut-être pour que le drame ne se produise pas.

Tous les récits de Jacqueline Harpman ont une certaine dose de psychanalyse, à côté de pas mal d’humour et de cynisme. Cette histoire de famille dysfonctionnelle va crescendo comme un opéra dont la fin ne peut être que dramatique. Je recommande ce livre tant pour l’écriture un peu sophistiquée que pour cette histoire de haine, de non-dits et de manipulations.