Le Treizième Conte de Diane Setterfield

Un vrai chef d’oeuvre

Le Treizième Conte

Le vendredi 10 août 2007 par Sheherazade

Margaret Lea est une biographe érudite, d’une certaine notoriété, mais timide, bien plus à l’aise dans la librairie de livres anciens de son père qu’en société. Ses relations avec sa mère sont quasi inexistantes, celle-ci étant totalement repliée sur elle-même depuis la perte à la naissance de la sœur jumelle de Margaret. Les livres apportent à cette jeune femme mélancolique une compagnie qui la console de cette perte elle aussi ; la petite jumelle ne pouvait vivre sans le cœur de sa sœur, y étant attachée physiquement, Margaret ne pouvait vivre en siamoise. Il fallut donc les séparer à la naissance, ce qui entraîna la mort du bébé.

A chaque fois que Margaret croise son reflet dans une vitre ou un miroir, elle ne peut s’empêcher de songer à sa propre mort, à son terrible souhait de rejoindre cette sœur vis-à-vis de qui elle se sent coupable, par l’absence de laquelle elle ne se sent pas complète.

C’est dans cet habituel état d’esprit dépressif qu’elle reoit un jour la lettre de la plus que célèbre Vida Winter, auteure contemporaine prolifique, adulée tant par la presse que par les lecteurs du monde entier.

Afin de faire plus ample connaissance avec le style de Vida Winter dont elle n’a jamais rien lu malgré la notoriété, Margaret découvre le roman « The Thirteenth Tale » figurant assez étrangement parmi les livres rares de son père ; bien vite elle découvre que dans ce recueil de courtes nouvelles sous forme de conte, le treizième d’entre eux n’existe pas.

Intriguée, bien que réticente, Miss Lea se rend chez Vida Winter ; elle sait que l’écrivaine à l’imagination débordante a déjà donné tant de versions de sa vie et de ses origines mystérieures que la jeune biographe décide de refuser ce qui n’est pas l’exacte vérité, annonçant d’ailleurs à l’auteure qu’elle vérifiera tous ses dires, à commencer par son véritable patronyme. La vieille dame excentrique et gravement malade accepte presque comme à regret, car qu’est ce donc que la vérité finalement ?

Donc... il était une fois ... deux petites filles nées le même jour à Angerfield...

Margaret découvre peu à peu cette famille étrange, vivant dans un domaine formidable, entretenu par John le jardinier et « Missus » la gouvernante. Leur grand-mère mourut en mettant au monde leur mère, la fantasque Isabelle, qui fascinera son frère Charlie par des goûts aussi morbides et pervers que les siens. Isabelle quitte le domaine afin d’épouser Ronald Marsh, revient déposer ses jumelles dans le giron de leur grand-père et de « Missus » et reprend ses jeux incestueux avec son frère. Il ne faut guère être très fûté pour comprendre qui est le père d’Emmeline et Adeline : elles ont toutes les deux les yeux vert émeraude et les cheveux roux de leur « oncle ». Bien vite il apparaît que l’une des jumelles, Adeline, a hérité de la folie maternelle ; l’autre, Emmeline, étant plutôt simple d’esprit mais d’une bonne nature, placide, se laissant dominer par sa sœur.

L’histoire que découvre la biographe la fascine, d’autant plus que tout semble, tout est rigoureusement exact, même l’incendie qui ravagea Angerfield et où l’une des jumelles perdit la vie. Est-ce celle qui y mit le feu ou est ce Vida Winter elle-même ? Qui est cet homme mystérieux, Augustus, à la recherche de sa véritable identité, lui l’enfant trouvé qui rôde près d’Angerfield ? Plus Vida raconte, plus le mystère s’épaissit.

Quand toutes les vérités éclateront, plus rien ne sera comme auparavant, plus personne ne sera pareil, même Margaret aura changé.

« The Thirteenth Tale » est le premier - et à ce jour le seul - roman de l’universitaire Diane Setterfield. Nouvelle venue dans le monde des romans, elle est une biographe d’André Gide. Avec ce roman, elle rend un vibrant hommage au style de « roman gothique », genre littéraire fort à la mode au 19ème siècle.

La référence à « Jane Eyre » est flagrante, tout au long du roman il en est question puisqu’il s’agit du livre préféré de Vida Winter et de Margaret Lea.

La référence cependant ne s’arrête pas à « Jane Eyre », j’ai aussi retrouvé une ambiance chère à Wilkie Collins (« The Woman in White ») et à « Wurthering Heights » d’Emily Brontë.

Par contre, je ne partage aucunement la référence que font certains critiques à « Rebecca » de Daphné du Maurier.

L’une des forces du livres, pour moi, est aussi l’évocation du monde bien particulier des jumeaux, qui sont incomplets lorsqu’ils sont séparés, l’une des parties d’eux-mêmes étant manquantes. Pour nous, qui ne faisons pas partie de jumeaux, ce monde est extraordinaire car nous sommes « entiers », nous portons en nous toutes les facettes de notre nature humaine, notre face sombre comme notre face claire. Les jumeaux ont besoin l’un de l’autre pour vivre totalement.

J’ai adoré « The Thirteenth Tale » , il y avait longtemps que je n’avais pas été aussi séduite par un livre, que je n’arrivais pas à lâcher. J’ai été désolée lorsqu’il fut terminé tant il y régnait une ambiance fantastique et envoûtante.

A découvrir absolument, en anglais de préférence.


  • Le Treizième Conte  17 mai 2008
    je n’ai pas pu délaisser ce livre une seule minute et je me suis sentie à la fois triste et enthousiaste quand je l’ai rangé dans ma bibliothèque.Vraiment captivant !
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