Le Temps de Franco de Michel Del Castillo

La République est morte ! Vive le Roi !

Le Temps de Franco

Le samedi 6 novembre 2010 par lagarto

Il y a quelques jours entrait en application en Espagne, la Loi dite de la Mémoire Historique qui demande à des descendants des Républicains vaincus en 1939 et exilés, de jurer fidélité au Roi...

Humiliation. Provocation.

Et Michel del Castillo raconte, avec son talent d’écrivain, le temps de Franco. Il dit un Franco militaire chimiquement pur, indifférent au danger à la tête de ses troupes, un héros au sens strictement militaire.

Franco studieux, appliqué, qui ne laisse aucune part au hasard ou à l’improvisation.

Un Franco qui ne connaît pas le pardon, sans pitié pour ceux qu’il combat.

Un Franco convaincu d’avoir été élu par Dieu pour terrasser le dragon marxiste et qui s’est lui-même érigé en défenseur de la foi.

Il dit un Franco loyaliste, respectueux de l’ordre établi, qui n’a jamais été l’instigateur du soulèvement.

Un Franco sauveur de Juifs.

Un Franco ni plus, ni moins coupable que les Républicains qu’il combattait.

Il dit : le temps de Franco, ce sont ces femmes en jachère, ces gosses faméliques, ces vieillards exténués. C’est ce vide indescriptible. C’est ce silence hébété. C’est une attente sans but et sans espoir.

Il ne dit pas ou pas assez, la guerre finie, les années de répression, la volonté farouche, impitoyable, d’anéantir tout ce qui avait été républicain. Pas assez les prisons bourrées d’innocents, les enfants volés, les dizaines de milliers de fusillés, de disparus. Le climat de suspicion, les dénonciations, les arrestations, les tortures, les exécutions signées devant une tasse de thé ou de café. La peur, la peur qui étouffe et empêche de vivre.

Il ne dit pas assez les centaines de milliers d’exilés, les familles détruites, brisées, lui, l’exilé Michel del Castillo...

Il semble oublier, là, que, au-delà de l’Histoire des historiens, il y a toutes les histoires individuelles, souvent terribles, cruelles, et gravées à jamais dans les corps et dans les cœurs de millions d’Espagnols...

Certes, pour tous ceux qui s’intéressent à cette période de l’Histoire, le livre est intéressant. Il n’empêche que certains penseront que le romancier a voulu réhabiliter Franco le dictateur. Même si ce n’est sans doute pas le cas.