Le Portique de Philippe Delerm

Le Portique

Le mardi 31 août 2004 par Mario_Heimburger

Un petit bijou, vraiment, que ce petit livre qui paie pas de mine. Une merveilleuse unité menée de main de maître par un Delerm plus attaché que jamais à la vie et ses émanations les plus simples, mais aussi les plus incompréhensibles.

Car en un peu plus de 170 pages (écrit gros, avec beaucoup d’espaces), il narre un épisode si banal : une vulgaire dépression qui frappe un professeur de lettres quadragénaire, sans crier gare, et qui le plongera dans une réflexion introspective, où revivant le passé à travers le présent, il devra reconstruire sa vie par petits bouts, jusqu’à une révolte assez comique et jouissive qui le guérira - provisoirement ?

C’est le troisième Delerm que je lis, et le meilleur jusque là. Si le premier (et le plus célèbre !) "La première gorgée de bière" m’avait fortement déçu justement par son manque d’unité, celui-ci efface tous les torts, reprenant des petites recettes, mais les combinant cette fois avec justesse. C’est un livre qu’on ne peut abandonner. On ressent la chute, on s’émerveille de se relever, on rit face au bout du tunnel qui semblait quelques pages avant si sombres.

Il y a tout : la crise de la quarantaine (que l’on fait aussi à trente, mais surtout à vingt ans), le malaise de l’enseignant dans l’éducation nationale, la fuite d’enfants qu’on a vu grandir et qu’on ne comprend plus, le temps qui passe, les villages qui perdent leurs âmes, l’appréhension de "la fin"... Tout ce qui fait un monde, sous la plume langoureuse, poétique parfois, et fluide toujours de Delerm.