Le Monde selon Garp de John Irving

Qui ne connaît pas « Le Monde Selon Garp » de John IRVING ?

Le Monde selon Garp

Le jeudi 24 février 2005 par Mc BERNICK

Pour ceux qui ne l’ont pas encore lu et que j’envie, il s’agit d’un roman qui, par son ampleur et la série de « types » qu’il met en scène, évoque irrésistiblement un auteur comme Charles DICKENS ou encore THACKERAY. Mais, chez IRVING, les bons sentiments, quand ils existent, sont toujours menacés par ce que le benjamin de la famille GARP avait l’habitude d’appeler « le Crapaud du Ressac. » C’est le Crapaud de l’Angoisse et aussi celui de la Mort qui, tôt ou tard, vient réclamer son dû.

Pourtant, on rit et l’on sourit beaucoup chez John IRVING qui se fait ici une joie de renvoyer dos à dos tous les extrêmistes, que ceux-ci soient féministes ou machissimes. Sa peinture à la fois aiguë et burlesque des milieux féministes réjouira aussi bien les femmes que les hommes. Les anti-féministes sont, quant à eux, irrécupérables et si dangereux que l’un d’entre eux finit par assassiner la mère de GARP, l’intrépide Jenny FIELDS, laquelle, après la parution de son ouvrage autobiographique, « Sexuellement Suspecte » - beau titre, n’est-ce pas ? - avait été revendiquée comme emblème par le mouvement féministe américain. Le sel de la chose, c’est que Jenny ne se sentit jamais féministe dans l’âme. Simplement, elle cherchait à "aider ceux qui en ont besoin."

Il est révélateur de constater que, si IRVING accorde repentance et réhabilitation à la féministe complètement exaltée qui abat ensuite le fils de Jenny, il n’offre en revanche aucun salut à l’assassin de Jenny. Pire : il le fait descendre immédiatement par son propre beau-frère.

« Le Monde selon GARP », c’est aussi, imbriquée dans le roman, la première nouvelle vendue par le héros. Intitulée « La Pension GRILLPARZER » - GARP et sa mère se trouvaient à Vienne quand elle fut rédigée - elle apparaît comme un condensé de tout ce qui fait le charme et la profondeur du roman : humour, sens de l’absurde, compassion envers autrui, férocité pourtant, hantise de la mort aussi ...

C’est encore la fantastique figure de Roberta MULDOON, ex-Robert MULDOON, ex-ailier des « Eagles » de New-York et qui, s’étant toujours sentie femme au plus profond de lui-même, choisit un jour de franchir le grand pas et de changer de sexe. Je n’en dirai rien : lisez et vous verrez bien.

C’est un enchaînement de situations et de personnages accompli avec une rare maîtrise. C’est un moment de grâce absolue dans la littérature du XXème siècle. C’est aussi une analyse précise de l’art d’écrire. Mais là où cela nous change agréablement de bien des sottises lues ici et là, elle est faite en toute humilité par un écrivain qui sait ce dont il parle et qui n’a que dégoût pour le snobisme sous toutes ses formes.

En bref, "Le Monde Selon GARP" est un grand roman. Lisez-le.


  • > Le Monde selon Garp(tout simplement ?)  16 mars 2005, par BoB

    Une chose est sûre en lisant les diverses critiques sur ce livre sur quelques supports que ce soit (revues, web,.....)C’est que Le monde selon Garp est ressenti différemment par chaque lecteur qui s’identifie ou non à tels ou tels personnages, tel situation et tel réaction. Cela fait de cette oeuvre de John Irving une des plus riches du genre (si l’on peut réellement le classer) et interprétable de mille manières différentes. L’auteur nous offres la une histoire drôle, intense mais également triste et ennuyeuse selon le ressentit des personnages :une prouesse non négligeable De plus on pressent toujours le pire s’attendant a tel ou tel catastrophe que l’on est persuadés voir se dérouler a tel endroit, tel moment alors que, et la aussi c’est un exploit, survient un accident, désastre ou simple retournement de situation différente de notre idée au moment, lieu ou l’on s’y attendaient le moins, la première ligne "Garp, son père mourut en lui donnant la vie." témoigne de cette ambiance rocambolesque.

    Bref un livre drôles et triste, tumultueux et monotone où l’on reconnaît l’originalité pressente dans les romans de John Irving


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  • > Le Monde selon Garp  28 février 2005
    Je vous trouve bien sévère avec un des livres qui m’a le plus ému dans ma courte carrière de biblivore. Garp est un des personnages littéraires, si pas LE personnage, que j’ai trouvé le plus touchant. Je ne partage donc pas ton avis Bastet, car je n’ai pas trouvé "Le monde selon Garp" sans profondeur. Un des meilleurs de John Irving pour moi avec "L’hotel New Hampshire" (mais je ne les ai pas encore tous lu, je m’en réserve environ un par an pour en profiter longtemps...)
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  • > Le Monde selon Garp  24 février 2005, par bastet
    je dois être l’exception qui confirme la règle, mais je n’ai pas du tout aimé lire "The world according to Garp", j’ai trouvé que ce roman avait aussi une réputation fort surfaite, que les personnages manquaient de consistance, sauf justement Robert/Roberta qui est un être profondément sensible et attachant. En dehors de cela, j’ai trouvé ce roman relativement ennuyeux, je n’ai jamais compris les éloges dithyrambiques dont on l’a affublé et je dois avouer que cela ne m’a guère donné l’envie de découvrir les autres livres d’Irving, ce qui est probablement dommage.
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    • > Le Monde selon Garp 25 février 2005

      J’avoue que dans la série des Irvings, ce n’est pas celui qui m’a laissé le meilleur souvenir. En fait, c’est surtout le livre qui a révélé en premier le "style Irving" (et est le premier succès de cet auteur). Néanmoins, à mon sens, bien que bon, il figure dans le peloton de queue...

      Le plus mauvais sur la liste reste toutefois "un mariage poids moyen"...


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      • > Le Monde selon Garp 25 février 2005, par Mario Heimburger
        Oops, c’était moi au-dessus...
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      • > Le Monde selon Garp 26 février 2005, par bastet
        ouf ! mario tu me rassures ! j’avais fini par croire que je ne comprenais rien à rien.
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      • > Le Monde selon Garp 26 septembre 2005, par homme escargot
        j’avais écrit quelque chose sur Irving sur mon blog, si cela vous dit de le lire .. et qui sait de me detester pour cela ( amicalement qd même :) ) .. allez voir :
        lettre ouverte a John Irving
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        • > Le Monde selon Garp 27 septembre 2005, par bastet
          ok, je commence à me sentir nettement moins seule dans le club des non-admirateurs/trices de john irving - cela soulage car depuis que j’ai avoué ne pas apprécier cet auteur, je sors de chez moi en rasant les murs et camouflée en intellectuelle ;-)
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