Le Libertin de Eric-Emmanuel Schmitt

Une folle journée dans la vie de Denis Diderot

Le Libertin

Le mardi 21 décembre 2004 par Sheherazade

Diderot, philosophe ET libertin, vit chez le baron d’Holbach. En cette après-midi d’été, il pose presque nu pour Madame Therbouche dans le pavillon de chasse du baron, transformé en bureau , avec elle il se livre à un joli marivaudage sur les hommes et les femmes, les sentiments, l’amour.

Bien qu’elle joue un peu à la prude, il est évident qu’au jeu de la séduction, ces deux-là sont passés maîtres. Le philosophe va tenter de mettre Madame Therbouche dans ses moelleux coussins, mais là le tourbillon des allées et venues commence, le malheureux Diderot va sans cesse être interrompu tant dans ses entreprises de séduction que dans la rédaction d’un article pour l’Encyclopédie. De Baronnet, son secrétaire, à Antoinette son épouse, en passant par la fille du baron et sa propre fille Angélique, Diderot va devoir justifier sans cesse ses visions philosophiques de la vie, les paradoxes de ses affirmations face à la vie et la société. Ces contradictions sont d’autant plus évidentes qu’il doit en plus rédiger un article sur la morale, ce qui lui est assez difficile.

Eric-Emmanuel Schmitt dit de sa pièce qu’elle est sa plus gaie, mais bien qu’elle soit en apparence légère il y a investi un immense travail, et on le croit sans peine. Tel l’enchanteur qu’il est, de la baguette magique qu’est sa plume il nous entraîne dans une folie de paroles, d’échanges de points de vue dans une comédie libertine qui fait parfois songer aux Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos, la perversité en moins.

Schmitt dit souvent préférer écrire une pièce de théâtre qu’un livre, car au théâtre le spectateur est son "prisonnier", alors qu’un livre peut être fermé à tout moment. En tout cas, qu’il se rassure, nous sommes tous des otages consentants de son talent et de sa verve.

Cette pièce qui est un véritable régal pour l’esprit se joue actuellement à Bruxelles, le rôle de Diderot étant interprété par l’un de nos meilleurs comédiens, Alain Leempoel. Je recommande chaudement la lecture du texte, car il comporte des scènes fort drôles comme celle de Diderot avec sa fille ou tendres comme celle avec l’épouse du philosophe.


  • > Le Libertin  23 janvier 2005, par Feline

    J’ai lu Le Libertin dans une édition qui comportait également deux autres pièces : "Golden Joe" et "Les variations énigmatiques".

    Je ne suis pas une inconditionnelle de la lecture de pièces de théâtre (je préfère de loin les voir jouées) mais Eric-Emmanuel Schmitt, qui m’avait déjà séduite avec sa trilogie de l’invisible, m’a a nouveau fait passer un agréable moment. En plus d’être un théâtre divertissant, c’est un théâtre riche d’enseignement, qui ouvre à la voie à la réflexion et pose des questions pertinentes.

    Celle que j’ai le plus appréciée est sans conteste "Les variations énigmatiques". Comme quoi, connaît-on jamais réellement quelqu’un... ?


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