Le Jugement dernier de Iain Pears

The Last Judgement

Le Jugement dernier

Le samedi 18 septembre 2004 par Sheherazade

On se demande parfois si Jonathan Argyll tirera la leçon des problèmes dans lesquels il s’est déjà fourré ! Toujours prêt à rendre service, il propose à un collègue parisien de livrer un tableau à Rome ; avec sa mentalité de boyscout, il se fait presque voler le tableau en Gare de Lyon, heureusement il revient à temps pour le récupérer, mais dans la cohue un autre voleur emporte sa valise !

A Rome, où il habite désormais avec la charmante inspectrice Flavia di Stefano, Argyll rencontre le destinataire du tableau, une espèce d’horreur dans le style "pompier", intitulée "Death of Socrates". Ce Muller voulait récupérer ce tableau par devoir filial, mais à la vue de celui-ci décide de s’en débarrasser et Argyll, évidemment, se propose de le négocier pour lui. Seulement, le lendemain on retrouve Muller torturé et saigné à mort, dans son appartement saccagé ; le jour d’après, c’est un Suisse que l’on retrouve assassiné dans sa chambre d’ hôtel, ayant en poche les noms et adresses d’Argyll et de Muller. Il n’en faut pas plus pour que l’inspecteur chargé de l’enquête en fasse son principal suspect.

Il Generale Bottando, supérieur de Flavia et chef de la Police des Fraudes artistiques, tente d’en savoir plus en téléphonant à son homologue parisien, qui reconnaît à contre-cœur que "oui peut-être ce tableau a été volé, mais non on ne doit pas enquêter et faire de vagues".

De Rome à Paris, puis en Angleterre dans le Gloucestershire, Flavia et Jonathan vont rechercher des indices pour résoudre ces meurtres, ce qui les amènera à découvrir des secrets de famille, de jalousie et appât du gain remontant à la seconde guerre mondiale.

Revoici donc le trio sympathique des polars artistiques de Iain Pears : le chef de la Brigade Spéciale Bottando, fin limier et champion toutes manipulations ; sa brillante assistante Flavia di Stefano, perpétuellement affamée, conduisant comme un champion de formule1 dans les rues de Rome, en oubliant de tenir le volant ou de regarder la route, et Jonathan Argyll, charmant négociant d’art, naïf comme ce n’est pas permis, plus fûté pour découvrir des fraudes artistiques que pour se dépêtrer des situations criminelles auxquelles il se trouve mêlé.

Ce qu’il y a de plaisant dans cette petite série sans autre prétention que divertir le lecteur, c’est la façon légère à la manière d’Agatha Christie, Patricia Wentworth ou M.C. Beaton, d’aborder les problèmes et tracasseries des protagonistes : tout y est, les personnages ont leurs défauts et qualités mais l’auteur ne s’étale pas sur leurs états d’âmes, les services de police, la presse sont égratignés au passage par quelques petites remarques acerbes, bref tout est suggéré ; au lecteur d’en tirer ou non des conclusions.

Il y a par ailleurs d’intéressantes réflexions sur le travail souvent fastidieux du négociant d’art et de ce milieu plein de requins, de fraudes et de malversations en tout genre, le tout est traité sur un ton plein d’humour et de légèreté.

Je pense que c’est cette légèreté qui fait que certains critiques trouvent que les polars artistiques de Iain Pears manquent de la profondeur qu’avait son chef d’oeuvre " An Instance of the Fingerpost ", qui lui valut d’être comparé à Umberto Eco.

Ces différents ouvrages ne sont tout simplement pas comparables.