Le Fils du songe de Valerio Manfredi

Il figlio del sogno,

Le Fils du songe

Le mardi 1er mars 2005 par Sheherazade

Premier tome de la trilogie de l’archéologue-historien consacrée à Alexandre le Grand, celui que tous les écoliers ont admiré pour ses prouesses. Gengis Khan, Jules (César), Auguste, Napoléon, pour ne nommer que les plus connus, tentèrent aussi l’expérience de repousser les frontières, de s’approprier de nouvelles terres. Seul Alexandre fut appelé "le Grand", mais où est la grandeur dans l’asservissement d’autres peuples ?

Ce premier épisode aborde avec sensibilité les difficultés relationnelles de l’enfant Alexandre, l’ambiguité des sentiments filiaux, partagé entre l’affection et l’admiration qu’il porte à son père, Philippe de Macédoine et la tendresse filiale pour sa mère, Olympias.

L’accent, dans ce premier volume, est plutôt mis sur la personnalité du roi macédonien, désireux d’apporter à son fils non seulement l’art de la guerre mais également l’éducation philosophique et artistique qui lui ont manqué. Le conquérant Philippe souhaitait réunir tous les petits royaumes grecs, y compris la hautaine république d’Athènes,forte de sa supériorité intellectuelle gouvernée par un Démosthène méprisant profondément le Macédonien. De toute façon pour Athènes, tout ce qui était hors de la cité était ou barbare ou métèque (= étranger), alors à leurs yeux ce Philippe, soudard, paillard, ivre de vin, de femmes et de pouvoir, désireux de devenir le potentat de la péninsule, peu éduqué, choisissant les armes avant la parole, trouvait peu grâce à leurs yeux.

De la mère d’Alexandre, Olympias, L’Histoire a surtout retenu l’image d’une intrigante plus préoccupée de tuer ceux qui contrariaient ses plans ; en réalité la seule erreur d’Olympias est d’avoir été une femme dans un monde de guerriers, une femme aussi intelligente que belle, ambitieuse, cultivée, persuadée d’avoir un fils issu d’un dieu (Zeus, rien de moins je vous prie !) et d’avoir voulu faire de ce fils adoré le seul successeur de son père. Ses relations avec ce dernier allèrent de mal en pis lorsqu’elle réalisa qu’il préférait la soldatesque et les beuveries, sans parler des multiples amants et amantes.

Il faut cesser de voir en Olympias la principale instigatrice du meurtre de Philippe ; celui qui l’assassina, le jeune Pausanias, était un ancien amant du roi ; celui-ci, lassé, l’avait "donné" à ses soldats afin qu’ils s’en amusent, et pour ce qui est de s’en amuser, ils ne se sont pas gênés : viol collectif, outrages et humiliations en tout genre. Peu surprenant que le jeune homme fût désireux de tuer le responsable de ce sort peu enviable. Qu’Olympias l’ait encouragé est possible, mais l’histoire ne l’a jamais prouvé. A travers l’Histoire, les femmes belles ET intelligentes ont toujours porté avec elles une odeur de soufre que les historiens (mâles) n’ont été que trop heureux d’accentuer.

Dans ce climat tendu, le jeune Alexandre développe son sens de l’observation et de l’intrigue, tout en profitant des enseignements d’Aristote. Il est un élève attentif, curieux, prompt à poser au philosophe toutes les questions auxquelles ce dernier ne peut répondre. Alexandre montre son courage lors du domptage du magnifique cheval Bucéphale et prouve sa force de caractère lorsqu’au mariage de Philippe avec Euridice, la très jeune fille d’un notable athénien, il prend la défense de sa mère outragée par le père d’Euridice. Il défend son honneur et celui d’Olympias avec violence, se dressant contre son père, au risque d’être relégué au second plan puisqu’on le traite de bâtard. Le descendant d’Achille ne peut en aucun cas souffrir ces insultes.

A la mort de Philippe, réconcilié avec son fils, c’est Alexandre qui est couronné roi ; les généraux de son père, tous les soldats le suivent en raison de sa jeunesse fougueuse et de son charisme. Alexandre est un comédien consommé, qui sait trouver les mots justes pour charmer même les plus tièdes.

Mais pour asseoir ce pouvoir naissant et prouver aux petits royaumes qu’il n’acceptera aucune révolte, il va faire un exemple terrible : il rase la Thèbes grecque et ses habitants survivants sont emmenés en esclavage.

Il ne fait pas bon aller à l’encontre des idées et des caprices d’Alexandre. La suite de l’histoire le prouvera.

Valerio Manfredi est archéologue de profession, spécialiste des Etrusques. Il a publié plusieurs essais sur l’Antiquité ainsi que quelques intéressants romans policiers historiques.

Diplomé en lettres classiques , spécialisé en topographie du monde antique, il est également journaliste et enseignant universitaire.

Il a délibérément choisi de "romancer" la vie d’Alexandre pour le rendre plus réel, plus vivant aux yeux des lecteurs prenant ainsi la succession de Diodore de Sicile, Plutarque mais qui écrivirent l’histoire d’Alexandre plusieurs siècles après la disparition du "héros". Les véritables récits historiques écrits par Marsyas, ami d’enfance et par un élève d’Aristote ont hélas été détruits par le temps.

Un autre article de MaBibliothèque.Net a été écrit sur ce livre : Le Fils du songe