Le Diable s’habille en Prada de Lauren Weisberger

Le Diable s’habille en Prada

Le dimanche 24 juin 2007 par Sheherazade

Andrea Sachs, fraîchement émoulue de son université, diplôme de littérature et d’écriture en poche, aimerait travailler pour « The New Yorker ». Avant de réaliser ce rêve, il lui faudra faire un tour au pays des cauchemars. Lorsqu’elle se fait engager par l’éditrice de « Runway », le magazine de mode totalement à la mode du moment, Andrea est aux anges. Elle ne sait pas encore qu’elle va se mettre à travailler pour le diable en personne !

Elle est pleine de bonne volonté pourtant, simplement Miranda Priestley est le style de personne que rien jamais ne satisfait, sauf elle-même évidemment ! Sa précédente secrétaire étant passé au grade supérieur, il lui faut donc une assistance junior, c’est-à-dire un souffre-douleur attitré.

Andrea n’écrira jamais une ligne pour le magazine, d’ailleurs ce fait lui a été longuement exposé en même temps qu’on lui a fait miroité la magnifique chance qui lui est offerte de travailler pour une personne comme Miranda. Tu parles ! Miranda ne va pas lui ménager les mesquineries, les critiques, les méchancetés en privé ou en public.

Devant les regards de commisération de ses collègues, Andrea (Andy) ne flanche pourtant pas malgré les crampes d’estomac qui lui viennent à chaque sonnerie de son portable car bien sûr son dictateur souhaite qu’elle soit disponible à tout instant. La vie privée de la malheureuse jeune femme va subir les conséquences de ce harcèlement moral très sophistiqué ; elle va se brouiller avec son fiancé, un peu avec sa meilleure amie et subir quelques remarques familiales au passage.

Elle va devoir s’occuper du chien, de faire en sorte que les jumelles de sa patronne reçoivent la première édition d’Harry Potter bien avant les autres enfants, elle devra fournir régulièrement le repas et le cappuccino, quitte à flanquer le tout à la poubelle lorsque sa patronne oublie de lui dire qu’elle a dîné, sans oublier des tas de petits détails que sa patronne se fait un plaisir de lui rappeler qu’elle n’a pas fait alors qu’elle ne lui a rien demandé. Miranda n’est pas seulement autoritaire, elle est aussi menteuse.

Combien de temps tiendra-t-elle ? un mois ? un an ?

Si les malheurs d’Andrea vont souhaiter au lecteur de ne jamais se retrouver dans une telle situation professionnelle, ils auront en tout cas beaucoup amusé ledit lecteur, car le récit est conté sur un ton léger, avec finesse et humour mais bon dieu ce que cette peste d’éditrice en fait voir à sa malheureuse assistante. Sa méchanceté est également réservée à d’autres personnes, de préférence subalternes, mais c’est surtout Andrea qui est sa tête de turc privilégiée.

C’est la première fois aussi que je découvre un livre audio ; c’est une expérience épatante surtout dans le cas d’un roman aussi drôle que « Devil wears Prada ». La jeune actrice Rachel Leigh-Cook lit avec maestria ce récit, en changeant subtilement de voix à chaque changement de personnage. Les remarques personnelles d’Andrea sont lues sur un ton fort humoristique qui m’a fréquemment fait rire.

L’auteur, Lauren Weisberger, a travaillé elle-même en qualité d’assistance pour la célèbre éditrice en chef de Vogue Magazine, Anna Wintour. Il est assez inquiétant de se dire qu’il lui a probablement fallu subir les caprices de sa patronne de la même manière que la pauvre Andrea doit subir les caprices de Miranda. Pourtant, le ton tellement personnel et vrai du roman laisse à supposer que tout n’est pas que fiction même si Weisberger s’en est défendu.

Le monde de la mode est observé avec acuité, sa frivolité, la superficialité de ceux qui y travaillent, sont très justement décrits également.