La tête de la reine de Edward Marston

The Queen’s Head

La tête de la reine

Le dimanche 26 décembre 2004 par Sheherazade

Le prologue se situe en 1587, lorsque Mary Stuart meurt sur l’échafaud. Un an plus tard, l’Invicible Armada est coulée par la flotte de Drake et le pays, après une période de terreur devant la menace catholique, retourne à ses réjouissances.

Nicholas Bracewell, régisseur de la troupe de théâtre Lord Westfield’s Men est heureusement doué pour garder la tête froide face aux caprices de l’acteur principal, fondateur de la troupe, Lawrence Firethorn, grand coureur de jupons, excellent acteur au demeurant mais particulièrement capricieux comme la "grande vedette" qu’il estime être.

Cependant lorsque son meilleur ami, autre acteur principal, également co-fondateur de la troupe, est tué dans ce qui semble d’abord n’être qu’une querelle de taverne, Bracewell découvre qu’il s’agit d’un crime et là, il va lui falloir tout son calme et son esprit de déduction pour remplir la promesse faite à son ami, à savoir découvrir son assassin. Des tas de petits faits extrêmement déplaisants pour la troupe vont apparaître au fil de l’enquête : des objets nécessaires à la mise en scène disparaissent, et notamment le texte de la nouvelle pièce qui est un hommage à la reine.

Qui a fait disparaître le manuscrit de la pièce : un jeune (et mauvais) auteur, éconduit par Firethorn, qui lui a préféré l’auteur/comédien attitré de la troupe, le jeune premier à qui l’on n’a pas donné le rôle féminin principal et surtout, pourquoi avoir tué Will Fowler, l’ami de Bracewell ?

Tout au début du livre, au moment du prologue je n’étais pas totalement intéressée et convaincue par ce nouveau polar historique (un de mes genres préférés), parce qu’il s’y glisse à chaque histoire une grande part d’espionnage, compte tenu de la lutte incessante entre catholiques et protestants.

Toutefois, au fil de l’histoire j’ai fini par me laisser gagner par le style tout à fait "élisabéthain" de l’écriture, car Edward Marston écrit les dialogues de ses personnages comme si nous étions en 1588. Par ailleurs, il a du monde du théâtre élisabéthain une excellente connaissance, ce qui nous fait découvrir les coulisses d’un monde très pittoresque.

Si les comédiens de notre époque ont l’impression de ne pas toujours travailler dans de bonnes conditions ou d’être traités avec le respect qui leur est dû, je leur suggère un peu d’histoire du théâtre à la Renaissance : jouer dans des cours d’auberges, obligations d’avoir un "mécène" faute de quoi la troupe est considérée comme hors-la-loi et tout le monde est passible de prison, jouer par tous les temps dans des conditions déplaisantes, dans la boue, avec un public qui utilise des auges comme toilettes (en plein air), un public très difficile qui parle, rit, mange, et surtout boit pendant les représentations, ce qui mène souvent à des bagarres pendant que les malheureux comédiens tentent de se faire comprendre.

Le livre rappelle par bien des côtés, le film Shakespeare in Love. On se demande même si cette série de livres policiers n’a pas inspiré les scénaristes du film. Finalement, il s’agit d’une série policière très divertissante qui ouvre le rideau rouge sur une troupe que j’ai toujours grand plaisir à retrouver.