La sorcière d’Exmoor de Margaret Drabble

La sorcière d’Exmoor

Le vendredi 21 mars 2003 par Feline

Point ici de sorcière sur son vilain balai qui lance d’horribles sortilèges aux jolies princesses. Non, Margaret Drabble dépeint ici une vieille dame, que les maux de la société ou un vieux drame familial (nul ne sait vraiment) précipite dans une sorte de folie qui la pousse à refermer un piège diabolique sur sa famille.

Elle décide de quitter la civilisation pour se retirer dans un manoir délabré d’Exmoor, soi-disant pour rédiger ses mémoires (eh oui la vieille dame s’avère une célèbre écrivain), au grand désarroi de ses trois enfants. Désarroi, non pas provoqué par un amour filial (l’amour semble inexistant au sein de cette étrange famille), mais par la crainte d’un mauvais plan de la part de la "sorcière". En effet, Frieda Haxby, lors d’un dernier et mémorable repas de famille a asséné une terrible nouvelle : elle va procéder à un nouveau partage de sa fortune, ce qui remplit d’effroi ses trois enfants, bourgeois issus de la middle class post tatchérienne, et leurs conjoints respectifs, tous avocats, politiciens, médecins ou encore membres imminents du milieu artistique.

Margaret Drabble prend prétexte du récit pour se livrer à une sévère critique de l’Angleterre post-tatchérienne, tout comme Jonathan Coe l’avait fait pour les années tatchériennes dans "Testament à l’anglaise". Mais là où Jonathan Coe signait un chef d’oeuvre, Margaret drabble ne parvient qu’à nous livrer un roman d’honnête facture. On a parfois l’impression qu’elle souhaite évoquer de manière exhaustive tous les maux de l’Angleterre : l’industrie alimentaire, la pollution des usines, la critique littéraire, l’édition, la politique culturelle, le système politique et j’en passe. Le récit semble alors passer au second plan au profit de dénonciations politiques qui rendent la lecture parfois fastidieuse.

L’auteur part dans tous les sens, emprunte plusieurs voies sans qu’aucunes n’aboutissent jamais, ce qui donne un roman décousu qui nous laisse un peu sur notre faim.

Comme tout romancier anglais, elle croque ses concitoyens sans aucune concession, parfois avec une ironie proche de la méchanceté, comme dans cet extrait particulièrement croustillant : "Les Anglais pur-sang sont une vilaine race, bariolée, bigarrée, bâtarde, barbouillée de pigments bizarroïdes et dotée de cheveux qui n’arrangent rien à l’affaire. Les Anglais sont maladroits, mal équarris - et dans le style avorton par-dessus le marché. Ils ne savent pas tirer le meilleur parti d’ex-mêmes. Ils ont des corps épais, des visages hâves au nez busqué, tels des oiseaux malfaisants ; ou des figures aussi informes que des patates". On le voit l’anglaise n’est pas dépourvue d’humour et n’hésite pas à malmener son peuple, ni son lecteur qu’elle ne cesse de prendre à partie en faisant de multiples intrusions dans le récit.

Je ne me suis jamais vraiment passionnée pour les personnages de ce roman, ni sympathiques ni attachants et pourtant pas foncièrement mauvais non plus. Cependant, l’ennui ne m’a jamais atteint non plus. Un roman plaisant dont je ne conseille ni ne déconseille la lecture.