La pluie jaune de Julio Llamazares

La pluie jaune

Le lundi 14 avril 2008 par lagarto

Les chants les plus beaux, dit-on, sont souvent les plus tristes. Dans « La pluie jaune » grande est la tristesse et la beauté est intense. C’est un long poème, comme un chant, une élégie funèbre.Un court récit, livre de deuil et de mémoire.

C’est beau. Si beau dans la mélancolie et la nostalgie.

Livre de l’oubli, de l’abandon, de la mort.

La terre se meurt et l’homme aussi, comme sont morts les autres. Le dernier, peut-être mort déjà. La folie exaltée. Dans le village perdu au fond des Pyrénées aragonaises. Le village existe. Ainielle. L’auteur le précise. Il fut abandonné en 1970. les pesonnages sont fictifs, pourraient être réels. " La pluie jaune " n’est pas un roman régional ni un récit rural ou écologique.

Une voix mène le récit, voix unique de l’homme qui meurt dans la ruine du village. Sur le lit, encore vêtu, regardant en face, attendant. Dans quelques minutes, quelques heures peut-être - avant l’aube quoi qu’il en soit - . Bientôt dévoré par la mousse et les oiseaux.

Il attend et il parle.

Il raconte comment, avant de se coucher, il a creusé sa tombe, tué sa chienne avec la cartouche qu’il lui avait réservée. Il regrette que, pour lui, nul n’ait eu ce geste. Personne ne s’est souvenu de son existence, pas même à l’heure de l’achever.

Il dit la longue et lente procession qu’il est le seul à suivre dans le souvenir avant que le silence, l’oubli et les mauvaises herbes ne recouvrent tout.

Il rappelle l’agonie du village déserté, la désolation, l’épuisement. Et le temps. Temps rude de la montagne, de neige et de vent et la pluie jaune. L’impuissance et l’isolement. Ils sont tous partis. Ailleurs, morts, à la guerre. L’exode.

« La pluie jaune » évoque la solitude, le délaissement, les fantômes, celui de la mère veillant près d’un feu inexistant la mémoire d’une maison dont personne ne se souvenait plus, des morts, si présents, la femme pendue, la vipère.

C’est le livre de la présence humaine dans la profondeur des demeures, l’existence réelle du village dans sa mémoire. La peur et l’amour.

" La pluie jaune " est un très beau livre de Julio Llamazares.