La noyée du pont des Invalides de Yves Josso

Une nouvelle enquête de Clémence de Rosmadec, peintre et détective

La noyée du pont des Invalides

Le mardi 15 avril 2008 par Sheherazade

L’automne est revenu et la famille Rosmadec, Madame Mère en tête, a quitté Pont-Aven et La Josselière pour retrouver l’hôtel particulier de Neuilly. Là une surprise de taille attendait la charmante Clémence : son architecte de papa lui a offert un atelier rien que pour elle, entièrement conçu par lui et construit en cachette, avec la complicité familiale, afin de l’offrir à sa fille aînée à l’occasion de ses 19 ans !

Clémence de Rosmadec a repris ses cours de peinture à l’atelier Cormon et a commencé le portrait d’une très jolie jeune femme ; las ! elle s’énerve un peu en cette journée automnale de 1886 car la belle Giovanna lui fait faux-bond, ce qui n’est toutefois guère dans ses habitudes. Et pour cause, l’adorable Nina a été retrouvée, jetée du haut du Pont-Neuf, par le sympathique cocher de fiacre Bouboule, compagnon de « verte » d’Alphone, un copain d’atelier de Clémence, créateur de sifflets à partir de noyaux d’abricots, rimailleur à ses heures, excellent comédien qui aimerait entrer à la Comédie-française plutôt qu’être peintre.

Bouleversée par la mort de Giovanna, dont l’autopsie révèle qu’elle a été étranglée et était enceinte, Clémence une fois de plus décide de mener sa propre enquête ; sachant qu’elle sera incapable de se concentrer sur la peinture tant qu’elle n’aura pas fait la lumière sur cette horrible histoire, Clémence veut la vérité. Entretemps, à Paris, elle a retrouvé par hasard Erwan de Kervern, neveu du commissaire de police André de Kerlutu, ami de a famille. Clémence a d’ores et déjà résolu le dilemme de ses attermoiements amoureux : à Pont Aven, elle aime Gildas, à Paris, elle aime Erwan et n’a aucun problème avec sa conscience à être la maîtresse de deux jeunes hommes à la fois.

Avec l’aide de l’ami Antoine et d’Erwan qui n’est que trop heureux d’aider son amie, ils se lancent dans une enquête qui va les mener dans les quartiers les plus glauques de Paris, mais aussi dans les milieux artistiques et littéraires. Non seulement, ils vont retrouver Gauguin, mais fréquenteront assidûment Henri de Toulouse-Lautrec, chez qui ils croisent Vincent van Gogh et Suzanne Valadon ; ils seront reçus chez Berthe Morisot, où se croisent Renoir et Manet. Ici on rencontre le critique Emile Bernard, là c’est Stéphane de Mallarmé qui signe un livre pour Albertine.

Conjointement à l’enquête sur la mort de Giovanna, ils se lancent sur la piste de vandales, qui abîment les toiles des maîtres par un poinçon. Pour le commissaire André, il s’agirait d’une secte d’illuminés qui vandalisent les toiles considérées comme trop osées ; mais on découvre bien vite que si quelques toiles sont abîmées, d’autres ont disparu ! Les vandales sont donc aussi des voleurs. Dans cette investigation là, ils reçoivent l’aide de Bouboule le cocher, dont le métier lui donne accès à certaines informations. Et puis le brave garçon tient à être innocenté, c’est tout de même lui qui a trouvé le corps de Giovanna et que les gendarmes ont arrêté dans un premier temps ...

L’enquête sur le vandalisme amènera Clémence plus près de chez elle qu’elle ne le voudrait ; il semblerait que le fils du palefrenier des Rosmadec soit directement concerné. Par contre, pour retrouver l’assassin de Giovanna, l’enquête ramène nos jeunes amis vers l’atelier du peintre « Coquelicot » pour qui elle posait également ; le vieil homme est effondré par cette mort, Clémence et ses acolytes soupçonnent son épouse, une femme complètement hystérique et jalouse, mais quant à le prouver ...

Une fois encore, Clémence - avec l’aide d’un autre joli modèle, la douce Mathilde - va tendre un piège afin de démasquer les coupables ; dans l’ombre Erwan et Antoine veillent, encore faudra-t-il qu’ils arrivent à temps car le ou les meurtriers sont aux aguets.

J’ai donc poursuivi les aventures de la jolie Clémence, dont des peintres comme Lautrec et Gauguin s’entendent à louer le grand talent artistique pendant que la presse et l’ « oncle » André, le commissaire ami de la famille, loue le talent de détective-amateur.

La famille de Rosmadec est toujours aussi sympathique ; cette fois on découvre, en plus, celle de l’autre frère Rosmadec, François le docteur, avec son épouse Isabelle, particulièrement friande de potins mondains et de mode. La petite Albertine a toujours ce don de double vue qu’elle supporte très mal moralement. Lysandre, la mère, pianiste célèbre est revenue de St-Petersbourg où une fois de plus elle remporta un succès immense et l’oncle Julien, l’abbé porté sur la bouteille, est trop content de faire la connaissance de Toulouse-Lautrec et ses cocktails « arc-en-ciel » !

Quant à la « liberté sexuelle » de Clémence, amante de deux jeunes gens parmi lesquels elle a refusé de choisir, c’est réellement une vision complètement 21ème siècle ; en effet, je suis convaincue que même au sein d’une famille de libres-penseurs, ouverts à tout comme le sont les Rosmadec, une jeune fille ne serait pas totalement laissée à elle-même et à ses choix amoureux avec autant de liberté. On n’est tout de même qu’au 19ème siècle, palsembleu ! Mais soit, je ne veux pas passer pour une vieille bigote comme la tante Eugénie qui s’enorgueillit d’être vierge à 50 ans !

Lieux et personnages sont bien observés, quelques figures très pittoresques comme le cocher Bouboule ou le jeune Antoine, sont sympathiques et amusants. A part cela, le d’Yves Josse m’a encore paru aussi « cucul » que dans le premier volume. L’intérêt du livre, une fois encore, fut pour moi toutes les rencontres artistiques, toutes les références littéraires, qui sont nombreuses. A l’évidence, l’auteur sait de quoi il parle, il est fort bien documenté.

Je ne suis pas cependant pas persuadée que je lirai un troisième opus consacré à Clémence de Rosmadec, peintre et détective.