La mort sans visage de Paul Doherty

The House of Death

La mort sans visage

Le lundi 21 février 2005 par Sheherazade

En l’an 334 avant notre ère, alors qu’à Persepolis, Darius III, le roi des rois, interroge Memnon de Rhodes, général dissident des armées d’Alexandre passé dans le camp de Darius, à Pella en Macédoire, Olympias, mère de ce dernier, convoque Telamon, médecin et ami d’enfance de son fils.

Olympias - surnommée la Reine-Sorcière - commence par le flatter, lui rappeler son enfance auprès d’Alexandre, signale qu’elle apprécierait qu’il se rende sur les bords de l’Hellespont, où le jeune roi et ses armées attendent des augures favorables, afin de le protéger de ses ennemis. Devant la réticence du jeune médecin, Olympias n’hésite pas à proférer des menaces à peine voilées d’un ton doucereux à l’encontre de la famille de Telamon qui quitte donc la Macédoine à regret.

A peine arrivé auprès de son ami, Telamon est confronté à la mort d’une jeune fille, empoisonnée alors qu’il venait de lui administrer un médicament. Alexandre souhaite également que le médecin face la lumière sur la mort du guide qui devait les mener en territoire perse.

Intrigues, trahisons, dans les deux camps, jalousies des médecins faisant partie des armées du roi, se moquant des potions qu’utilise Telamon, des principes qu’il applique et qui lui viennent de l’expérience acquise au cours de ses nombreux voyages. Alexandre rappelle à son ami qu’il mérite sa confiance car il est désintéressé, seulement préoccupé de lectures et médecine, qu’il n’est pas mené par ses ambitions comme ses autres "amis".

Au sein de l’armée d’Alexandre se trouvent des espions, mais comment les reconnaître, à qui se fier. Les augures même sont mauvais, à chaque fois qu’un taureau est sacrifié, le foie en est gâté ; les hommes commencent à s’énerver, tous rêvaient de rapidement conquérir le royaume de Darius et ses richesses. Aristandre, le devin à qui le roi se fie, un homme de main d’Olympias, est une figure particulièrement suspecte et sinistre aux yeux de Telamon.

Sa vie est gravement menacée, plus de morts jalonneront sa route avant que le visage de l’assassin soit dévoilé.

Le cinéma semble avoir rendu un regain d’intérêt pour Alexandre le Grand. Les biographies et romans (Valerio Manfredi, Paul Doherty, Mary Renault, et surtout l’excellent livre de Robin Lane Fox) refleurissent dans les étals des librairies.

Paul C. Doherty, spécialiste de l’époque médiévale et surtout d’Edward Ier, s’est également lancé dans des récits policiers ayant les conquêtes d’Alexandre en toile de fond.

Par son travail et métier d’historien, Doherty offre ici une superbe peinture de la vie dans le campement du roi, il décrit ses généraux avec leurs ambitions, prêts à trahir ou encenser leur roi, selon les fortunes du hasard.

Il nous apporte un excellent portrait du jeune roi, excellent stratège, mais personnage très ambigu, déchiré entre l’amour qu’il portait tant à son père qu’à sa mère et pas vraiment l’icône que l’histoire a préféré retenir. Alexandre était un conquérant, ce n’est donc jamais sans avoir saccagé des villes et asservi des populations ce que certains récits, auparavant, ont un peu occulté.

L’intrigue policière passe quelque peu au second plan, ce qui m’a quelque peu déçue, l’accent du livre étant plutôt historique ce qui par contre était très intéressant. Excellente description des généraux, véritables soudards ; de la mère du roi, créature ambigue et intelligente, peu encline au pardon et avide de pouvoir ; excellent portrait d’Alexandre le Grand et interéssant nouveau personnage sous la forme de Telamon le médecin. Je ne sais si je poursuivrai la lecture de la série relatant ses aventures, mais je recommande la lecture du premier volume pour le plaisir de la découverte, pour la curiosité du lecteur prêt lui aussi à conquérir de nouveaux horizons.

Au passage on notera les références à l’Illiade (Alexandre aimait à dire qu’il était fils de dieu, comme Achille) et aux philosophes grecs parmi lesquels Aristote l’ancien professeur du jeune roi. Un moment d’humour allège quelque peu le récit lorsque Telamon rencontre la garde personnelle du devin, un groupe de farouches guerriers celtes amoureux d’Euripide et Sophocle.

Rappelons que Paul C. Doherty écrit les polars médiévaux ayant Hugh Corbett, espion royal, comme personnage principal sous son véritable nom et qu’il écrit également sous les pseudonymes de Paul Harding (Frère Athelstan) et C.L. Grace (Kathryn Swinbrooke).