La mer, la mer de Iris Murdoch

Fausses mémoires pour vrai roman !

La mer, la mer

Le dimanche 6 mars 2005 par Feline

Iris Murdoch a reçu le célèbre Booker Prize en 1978 pour ce roman dans lequel elle donne la parole à Charles Arrowby, célèbre acteur et metteur en scène du théâtre londonien, qui nous livre ses mémoires. Comme le souligne la quatrième de couverture : « En un temps où pleuvent tant de Mémoires de metteurs en scène et d’acteurs, à l’authenticité plus ou moins douteuse, ce livre constitue un « faux » délectable ».

Et en effet, délectable il l’est ! On retrouve les thèmes chers à la romancière : la solitude, le remords, le sens de la vie, les relations entre les hommes, le mariage, le célibat mais aussi la religion, la vengeance et tout ce qui a trait à l’être humain. Elle aime aussi mettre une pincée de surnaturel, avec l’air de ne pas y toucher, pour relever le comique ou le tragique de certaines situations.

Charles Arrowby, arrivé à un certain âge (que l’on ne cite jamais mais qui semble proche de la retraite), décide de quitter le monde du faste et du superficiel de la vie théâtrale londonienne et part s’isoler dans une vieille bâtisse proche de la mer. Là, il souhaite renouer avec la solitude et les vraies valeurs de la vie. Mais un célèbre acteur peut-il réussir à réellement s’isoler ? On verra rapidement que non ! Bien vite, les visites se succèdent à Shruff End : les amis, les anciennes conquêtes et même James, le cousin rival. Tout ce petit monde haut en couleurs trouble les paisibles journées de Charles, ses baignades et ses délires dans lesquels il revit son passé et qui le poussent à entamer la rédaction d’une autobiographie. Jusqu’au jour où il croise Hartley, son amour de jeunesse qu’il n’a jamais pu oublier et qui, selon lui, est la raison pour laquelle il ne s’est jamais marié et n’a plus jamais vraiment aimé. A partir de là, le roman qui s’appesantissait et traînait en longueur, devient littéralement baroque et déjanté. Charles décide de tout faire pour la re-séduire et la voler à son époux, qui semble être une brute épaisse ! Las, la jeune femme fraîche et épanouie semble s’être transformée en vieillarde défraîchie et timorée, à la limite de la folie et terrorisée par tout et tous. Qu’importe, Charles sait qu’il l’aime et fera tout pour reconquérir son cœur, même la séquestrer dans un cagibi s’il le faut ! Sans parler de tous les autres personnages, plus pittoresques les uns que les autres, qui n’hésitent pas à s’en mêler, le tableau n’est pas des plus tristes !

Malgré le caractère comique des situations et de l’histoire, on sent poindre en arrière fond, une pointe de tristesse, d’ironie et de cruauté. Tout n’est pas rose pour les personnages et I. Murdoch n’épargne pas les gens du milieu huppé londonien et leurs faiblesses. Elle a l’œil juste pour taper où il faut, pour épingler les petites misères humaines. Iris Murdoch est une grande romancière, selon moi, qui ne connaît pas la notoriété qu’elle mérite de ce côté-ci de la Manche. Malgré tout, ses livres ne sont pas toujours facile d’accès et il faut avoir l’envie de s’immerger dans son monde et dans son écriture brillante et précise.