La foire aux vanités de William Makepeace Thackeray

La foire aux vanités

Le dimanche 28 novembre 2004 par Sheherazade

Au travers de la vie de deux jeunes femmes, aux caractères totalement opposés, une promenade à travers l’Angleterre Regency et une féroce étude de moeurs.

La ravissante et intelligente Becky Sharp n’a rien à faire d’être gentille, elle se qu’elle veut c’est oublier le monde pauvre dont elle est issue et grimper l’échelle sociale ; elle est parfaitement consciente de ses capactités, considérant que ses qualités sont tout aussi, sinon plus, intéressantes que celles de jeunes femmes "bien nées". Becky est aussi très peu scrupuleuse et extraordinairement égoïste.

Par contre son amie et compagne, la douce Amelia Sedley ne souhaite qu’une chose, fonder une famille avec l’homme qu’elle aime.

Le destin des deux jeunes femmes se modifie rapidement au cours du roman ; Becky, après avoir été gouvernante chez les Crawley, va obtenir la richesse qu’elle recherche en épousant le fils de famille. Par contre, la famille d’Amelia subira des revers de fortune, la menant à la pauvreté.

Un homme aime Amelia depuis des années, mais elle s’intéresse surtout à George Osborne, un homme peu scrupuleux.

" Vanity Fair" ne se laisse pas aisément résumer tant il est touffu ; inévitablement on trahit le livre dont la toile de fond sont - entre autres - les guerres napoléoniennes et l’abolition de l’esclavage.

Le roman de Thackeray est aussi riche et touffu que "Guerre et Paix". Ce qui est évident, cependant, c’est l’immense sympathie de l’auteur pour sa principale héroïne, Becky. Si Flaubert disait "Madame Bovary, c’est moi !", Becky est certainement l’alter ego littéraire du W.P. Thackeray ; le regard caustique qu’elle jette sur le monde et sa morale est bien celui que l’écrivain jettait sur l’aristocratie et ses hypocrisies, sur l’absurdité des guerres, sur la difficulté d’obtenir un rang social lorsque l’on n’est pas "bien né", les revers de fortune. Sa plume est incisive, mordante, extraordinairement cynique, à l’opposé de Charles Dickens qui préférait le sentimentalisme. Ce n’est pas par hasard que le patronyme de Becky soit "SHARP", c’est à dire "tranchant, aiguisé, piquant" !

"Vanity Fair" fut sous-titré de "Roman sans héros" ; c’est une oeuvre épique, totalement actuelle bien qu’ayant été écrite en 1848. On peut se laisser initialement rebuter par le style victorien de l’écriture, ce pas franchi, on plonge dans un monde qui inévitablement fait penser à celui de Jane Austen, mais sur un ton nettement plus acerbe. Tout y passe : les conflits familiaux autour de l’argent, les mariages arrangés, les bals, l’ascension de la bourgeoise qui ne plaît guère à l’hautaine aristocratie anglaise.

Thackeray aimait commenter les caractères humains, leurs travers, leurs (rares) qualités ; selon lui toutes les femmes dites honnêtes ne sont que des hypocrites ; cette opinion se réflète dans le portrait d’Amelia, la "gentille" de l’histoire qui apparaît comme assez ennuyeuse, alors que l’on sent bien la sympathie de son créateur pour la peu scrupuleuse Becky.

" Vanity Fair" est un livre qui traînait depuis bien longtemps dans ma bibliothèque ; je savais qu’il me faudrait lui consacrer beaucoup de temps car très dense, ne se laissant pas lire en quelques jours, mais tout comme la "Comédie Humaine" de Balzac, il faut lire ce regard sur la société anglaise du 19ème siècle.

Un autre article de MaBibliothèque.Net a été écrit sur ce livre : La foire aux vanités