La croix et la bannière de William Boyd

La croix et la bannière

Le samedi 1er mars 2003 par Feline

Henderson Dores a quitté son Angleterre natale dans le but de soigner son handicapante timidité et son manque de confiance en soi, persuadé que le mode de vie américain, où tout le monde fait ce qui lui plaît sans se soucier de l’avis des voisins, lui insufflera assurance et réussite. Hélas, la réalité ruine rapidement ses espérances et il demeure gauche et introverti.

Bienvenue chez les fous

Engagé dans une agence d’experts en art, il se voit confier une mission délicate : obtenir une importante vente de tableaux impressionnistes, propriété d’un riche homme d’affaires sudiste . Le stress est renforcé quand sa future ex femme lui impose la présence de sa fille, Bryant, adolescente délurée.

Dès son arrivée, la situation, déjà déplaisante, devient franchement cauchemardesque. Il se retrouve coincé dans un bled entouré de toute une série de personnages, tous plus fous et loufoques les uns que les autres : le fils à la carrure impressionnante, qui a déjà vendu les toiles à l’insu de son père pour payer ses dettes de jeu ; sa femme enceinte et pot de colle ; la fille, fausse aveugle énigmatique ; la cuisinière rustre et son fils, géant attardé, qui voudra épouser Bryant. Afin de l’immobiliser et de la retenir, il démontera pièce par pièce la voiture de location d’Henderson.

La lutte entre le fils et H. Dores pour l’acquisition des tableaux se terminera par la destruction de ceux-ci. A partir de là, le récit prendra des faux airs de roman noir, plus hilarant qu’angoissant. William Boyd nous livre un ouvrage cocasse sur le monde de l’art, la cupidité et le mensonge.

Anglais passionné par les Etats-Unis, il nous brosse, à travers les péripéties de son anti-héros, un portrait de l’Amérique sudiste et évoque les relations, empruntes de respect mais aussi de moqueries, et parfois conflictuelles, entre les anglais et les américains. William Boyd happe son lecteur dans l’univers qu’il a créé par la force de sa plume. Les émotions de ses personnages sont contagieuses. Il les décrit d’une façon si vivante et imagée que nous avons l’impression de ressentir celles qu’éprouve Henderson et de vivre ses aventures. Sans se perdre en descriptions futiles, il réussit l’exploit de recréer les décors du sud des Etats-Unis. Je conseille vivement la lecture de ce livre les jours de pluie et de déprime. C’est un remède efficace contre les idées noires.