La Villa des mystères de Federico Andahazi

La Villa des mystères

Le jeudi 11 octobre 2007 par Sheherazade

En s’inspirant de la vie de John William Polidori, médecin et secrétaire de Lord Byron, lorsqu’il résidant sur les bords du Léman en compagnie du poète Shelley, de sa compagne Mary et de Claire Clermont, Andahazi emmène ses lecteurs dans un monde de fantaisie littéraire.

Cet été là sur les bords du Léman il ne fait guère beau temps. Byron et ses compagnons se sont baladés en Europe pour aboutir à la Villa Diodati. Avec eux se trouve John William Polidori, jeune médecin et secrétaire de Byron. Il apparaît bien vite que Polidori est jaloux non seulement du talent de son maître, mais il prend ombrage de l’amitié que celui-ci porte à Shelley. Les jeunes gens ne ratent d’ailleurs aucune occasion d’humilier celui que Lord Byron surnomme « Polly Dolly », surnom qu’abhorre le jeune secrétaire.

Lorsqu’il se retrouve dans une chambre minable sous les combles de la villa, une lettre mystérieuse attire son attention.

L’auteur en est une certaine Annette Leblanc, sœur des célèbres sœurs Leblanc. Elle va proposer un bien étrange pacte au jeune homme, lui promettant la célébrité en échange de quelque chose de très, vraiment très, personnel.

Désireux de prouver que lui aussi est capable d’écrire, Polidori accepte afin de montrer sa supériorité face à celui dont il méprise le médiocre génie littéraire.

Dès les premières lignes, dans un style que n’aurait pas renié Wilkie Collins, l’ambiance de ce court - mais incisif - roman est posée : une certaine complaisance à décrire les jeux érotiques d’une jeunesse désoeuvrée et légèrement décadente derrière la beauté et la jeunesse, mépris des conventions, haine réprimée, répression de sentiments prêts à exploser avec d’autant plus de force. Les hommes respirent l’ennui, les femmes se comportent comme de passifs objets de jouissance perverse.

Que j’aie été déroutée par ce roman insolite, difficile à classer, est peu dire. Mais voilà un auteur dont les œuvres désormais m’intriguent. Une fois encore je suis frappée par le style représentatif de la littérature hispanique, qu’elle soit d’Espagne ou d’Amérique centrale ou du sud.

Pour tous, lecteurs, critiques et éditeurs « Las Piadosas » (« La Villa des Mystères ») est conte fantastique. Je le place donc dans cette référence, cependant j’aurais préféré le classer dans « Pour l’amour des livres et de la littérature », tant sont nombreuses et multiples les références littéraires contenues dans ses châpitres.

Même si je n’ai pas éprouvé la même émotion que celle suscitée par « The Thirteenth Tale », j’ai été surprise et intéressée par ce roman (neo)gothique. Bine que Federico Andahazi soit un psychiatre devenu écrivain, l’observation acérée des caractères de personnages laisse percer le psychanaliste.

John William Polidori aura finalement eu droit à la paternité de son roman « The Vampyre », récupéré apparemment d’un récit commencé par Lord Byron mais jamais terminé par celui-ci. Ne dit-on pas que « Lord Ruthven, le vampire » créé par Polidori sera l’inspiration ultérieure de tout autre récit du genre. Ruthven, par bien des aspects de son caractère, se pose en alter ego littéraire de son créateur.

John Polidori est aussi l’oncle de Gabriele Dante Rossetti, fondateur du mouvement des Pré-Raphaélites. Le jeune médecin connut une fin digne du personnage « gothique » qu’il fut ; il mourut miné par ses dettes de jeu et une profonde dépression ; bien qu’il ait été prouvé qu’il se soit suicité au cyanure, on le déclara mort de causes naturelles.

L’auteur et scénariste français Emmanuel Carrère en a fait le protagoniste de son roman « Bravoure » (« Gothic Romance » en anglais), mais il n’est pas le seul à avoir été inspiré par les événements de la Villa Diodati. Ken Russell, le réalisateur britannique, les a également mis en scène dans son film « Gothic » en 1986. Et la liste n’est pas exhaustive.