La Rabouilleuse de Balzac

La Rabouilleuse

Le dimanche 21 novembre 2004

Persuadé mais à tort que sa fille Agathe n’est pas de ses oeuvres, le docteur Jean-Jacques ROUGET, médecin à ISSOUDUN, se débarrasse d’elle en l’envoyant chez son beau-frère, DESCOINGS, épicier à Paris. Après la mort de sa femme, il se consacre tout entier à abrutir son fils, également prénommé Jean-Jacques, à qui, sous prétexte de le protéger, ce tyranneau de cuisine, pourtant rusé et habile, rogne bec et ailes sans se douter que, par un juste retour du Destin, il prépare ainsi la déchéance de sa lignée.

A Paris, Agathe, une fort jolie fille, tendrement aimée par son oncle et sa tante DESCOINGS, couple sans enfant, épouse un ancien ami du Conventionnel ROLAND, du nom de BRIDAU. Ce BRIDAU, homme intègre, deviendra l’un des fonctionnaires les plus incorruptibles de Napoléon Ier, à qui il s’était fanatiquement attaché dès le Consulat.

Lorsque, victime de ce que nous appellerions sans doute "le stress du travail", BRIDAU décède à l’heure même où l’Empire commence à vaciller sur ses bases, Agathe se retrouve avec la charge de deux garçons, Philippe et Joseph. Le premier s’engage. Le second pour sa part est appelé à devenir l’un des plus grands peintres du Romantisme.

Mais la première partie du roman évoque surtout les mille et une frasques de Philippe qui, après la chute de l’Empire, refuse de servir les BOURBON et commence à traîner ses basques un peu partout dans Paris. Fils proprement indigne, ainsi que sa mère s’en apercevra bien trop tard, il ne pense qu’à l’argent, aux femmes et au jeu, le tout fortement arrosé d’alcool. Militaire, il eût fait un magnifique soudard et peut-être eût-il fini général car, en même temps qu’une incroyable lâcheté morale, s’est développée chez lui une absence absolue de peur dès lors que celle-ci l’assaille sur un champ de bataille.

D’un emploi de caissier dans un journal que lui procurent des amis, il ne retient que la possibilité qui lui est faite de piocher dans la caisse pour renflouer ses dettes de jeu. Lorsqu’il comprend que son frère a l’habitude d’enfouir ses maigres économies dans une tête de mort qui trône dans son atelier de peintre, il n’a rien de plus pressé que d’y aller puiser. Enfin, sa grand-tante DESCOINGS envisage-t-elle de placer tout ce qu’elle a pu mettre de côté sur les trois fameux numéros de la Loterie Nationale qui ne sont pas sortis depuis plus de vingt ans qu’il découpe sa paillasse, y prend les louis et file au cercle - d’où il reviendra ivre comme un Polonais et complètement rétamé. On lui apprend alors que son vol a déclanché une attaque chez Mme DESCOINGS mais c’est peu dire qu’il n’en éprouve aucun remords...

Devant toutes ces horreurs, il ne faut donc pas s’étonner si Philippe finit par se faire incarcérer pour participation à un complot bonapartiste qu’il aurait cependant dénoncé (car il joue volontiers aux agents doubles dès lors qu’il peut en tirer profit.) Mais, pour une fois, la honte qui rejaillit sur sa malheureuse famille trouvera peut-être également à lui servir.

En province en effet, le frère d’Agathe, Jean-Jacques, est tombé sous la coupe de l’ancienne maîtresse de son père, Flore BRAZIER, dite "La Rabouilleuse," et médite de lui laisser toute sa fortune. Mme HOCHON, marraine d’Agathe, appelle celle-ci à la rescousse et, après quelques péripéties, c’est finalement Philippe qui débarque à ISSOUDUN, bien décidé à remettre les choses en place - et bien décidé aussi, on s’en doute, à tout garder pour lui.

En raconter plus serait dévoiler la fin de ce roman que BALZAC a rédigé dans une langue plus proche de la nôtre que des exagérations et des langueurs propres aux romans-feuiletons du XIXème et qui se laisse lire et relire avec un très grand plaisir. L’humour n’en est pas absent, le cynisme perce çà et là et l’on peut, à certains moments, contester la vision que le grand écrivain avait de la Femme en général et de la Mère en particulier. (En songeant à sa propre mère, on peut d’ailleurs lui pardonner.) Comme toujours, la foule des silhouettes d’arrière-plan est grouillante et on peut entrevoir RASTIGNAC, NUCINGEN et un désopilant BIXIOU. Quant aux personnages principaux, ils sont campés de façon tout bonnement admirable, qu’il s’agisse de l’infernal Philippe, de l’honnête et toujours optimiste Joseph, de la bien malheureuse et si faible Agathe subtilement opposée au caractère beaucoup plus puissant de sa tante, Mme DESCOINGS et de sa marraine, Mme HOCHON.

Au beau milieu de tous, mention spéciale sera faite à Maxence GILET, lui aussi ancien officier de l’Empereur et enfant supposé du Dr ROUGET, que Philippe BRIDAU assignera en duel. Brillant, fin, intelligent mais perverti par les aléas d’une époque où il n’avait plus sa place, Maxence apparaît comme une sorte de réplique, néanmoins plus lumineuse, de Philippe. Quant à la Rabouilleuse qui donne son titre au roman, c’est une belle fille à la manière paysanne, avide de confort et de sécurité (qui l’en blâmerait ?) et usant pour les conquérir et les conserver des seuls moyens que laissait à une femme de sa condition la société de la Restauration.

Un roman à conseiller à ceux qui envisageraient de lire enfin BALZAC. (Mais un roman qui prouve aussi que celui-ci était définitivement fâché avec les paragraphes courts et aérés !)


  • La Rabouilleuse  2 août 2007
    Hello, est ce que quelqun à trouver depuis 2005 un résumé, thèse ou analyse du livre ? Merci par avance
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    • La Rabouilleuse 9 mai 2008
      Il y a l’essai de D. Sperduto : Les farces nocturnes : Balzac et P. Modiano, paru dans ’Lendemains’, 2004. L’auteur s’occupe de ’La Rabouilleuse’ de Balzac et de ’La Ronde de nuit’ de Modiano.
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  • > La Rabouilleuse  20 janvier 2005, par Fallen Angel1058
    Bonjour ! Je suis à la recherche du résumé de ce livre mais il me faudrai un résumé complet ! Si quelqu’un aurrait ce résumé, merci de me le faire passer ! Merci encore d’avance !
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    • > La Rabouilleuse 20 janvier 2005, par bastet
      ce résumé- ci me semble déja plutôt complet - s’il vous faut plus de détails, je vous propose de lire le livre ... ça peut servir
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      • > La Rabouilleuse 9 octobre 2005, par aelm
        N’a-elle pas le droit de demander un résumé complet ?! Bien sur,pour simplement pour verifier la comprehension du texte !
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