La Pierre de Vie de Edith Pargeter

Première partie de la trilogie consacrée aux Talvace, père et fils

La Pierre de Vie

Le mardi 19 juin 2007 par Sheherazade

Au début du 13ème siècle, le jeune Harry Talvace quitte le monastère où son père lui a fait faire quelques études tel qu’il sied à un fils cadet, destiné à servir son aîné. Pour Harry cependant il n’y a qu’un seul garçon digne du titre de frère, c’est Adam son frère de lait, fils du maçon, serf de son père . Les jeunes gens ont appris ensemble à tailler la pierre chez le père d’Adam, au grand déplaisir du seigneur Talvace qui espère que le séjour chez les moines auront guéri son cadet de ses soi-disants caprices.

Harry, comme tous les garçons de quinze ans, est rebelle, arrogant parfois, mais surtout profondément gentil, ne supportant pas la moindre forme d’injustice ; c’est ce trait de caractère qui va lui valoir, à lui et son inséparable ami Adam, une série de mésaventures qui le mèneront bien loin de son Angleterre pendant une dizaine d’années.

Parce qu’ils ont voulu aider des jeunes gens du village à fuir, les 2 compères se retrouvent sur les terres du voisin du chevalier Talvace et sont injustement accusés d’avoir tué une biche, un crime passible de mort à l’époque. On ne touche pas au gibier sur une chasse privée. C’est Adam qui est le plus menacé car il a involontairement blessé un sergent du verdier royal (garde-chasse) ; il est condamné à avoir la main coupée, après avoir été sauvagement fouetté. Quant à Harry, il est mis aux arrêts, son père refusant la moindre magnanimité si infime soit-elle. Dès lors Harry décide de fuir les terres de son père et de faire en sorte que pendant un jour et un an, dans un bourg franc, Adam puisse travailler et devenir un homme libre. Trahi par quelqu’un en qui il a toute confiance, le jeune garçon est au bord du désespoir quand le salut leur vient sous la forme d’un drapier et de la mignonne Gilleis.

Malgré cette aide providentielle, les jeunes garçons se rendent compte qu’il est préférable de quitter l’Angleterre où Adam risque d’être repris ; un serf ayant fui est généralement mis à mort ; Harry se doute bien que son orgueilleux chevalier père ne lavera l’offense des jeunes gens que par le sang. Il laisse donc sans regret derrière lui un père dur et sans affection, une mère sotte et superficielle et un frère trop heureux de ses prérogatives d’aîné.

Dix années se passent insouciantes et laborieuses à Paris chez un maître maçon où les talents d’Harry font merveille ; les soirées se passent très joyeusement entre amis, dans les tavernes de la cité ou sous les fenêtres de la très belle Madonna Benedetta. A la suite d’une soirée un peu trop arrosée, Harry qui n’a pas du tout perdu son côté provocateur, se retrouve dans les geôles du prévôt d’où un certain seigneur anglais, Ralf Isambart, le tire d’embarras. Il propose au jeune Talvace de retourner avec lui en Angleterre, à la frontière du pays de Galles, dans sa seigneurerie de Parfois où il souhaite construire une église à côté de son château. Isambart, de retour des croisades, est l’homme du Prince Jean (celui que l’Histoire surnommera « Lackland », c’est à dire « sans terre ») ; le prince s’est avéré un souverain décevant, qui mène une guerre sans répit aux Gallois.

Pour l’instant, Harry est loin de se douter de ce que le destin et Isambart lui réservent ; les deux hommes concluent un contrat par lequel Harry aura toute latitude pour construire son église, rien ne lui sera refusé. Les premiers accrochages vont d’ailleurs se présenter à ce propos, lorsqu’Harry refuse que ce soient des serfs non payés qui soient engagés dans la construction ; il va alors entrevoir des traits du caractère de son employeur qui lui feront comprendre pourquoi il n’a guère d’amis.

Madonna Benedetta, devenue entretemps la compagne du seigneur de Parfois, mais qui aime le jeune maître maçon, a suivi tout le monde en Angleterre ; elle aussi a conclu un pacte avec Isambart, elle lui promet fidélité mais son cœur appartient à un autre à tout jamais ; c’est à prendre ou à laisser. Ce quelqu’un d’autre est Harry, ce que tout le monde ignore sauf le principal intéressé mais lui c’est de l’amitié qu’il éprouve et Benedetta, en femme pleine de sincérité et de force, accepte et cette amitié sera pour toujours gravée dans leurs cœurs. Oui, seulement de l’amitié, car entretemps parce qu’elle a toujours été une petite fûtée, la mignonne Gilleis, devenue une ravissante jeune femme, a retrouvé Harry et les tourtereaux convolent en heureuses noces ; c’est là que le poison de la jalousie va entrer dans le cœur du seigneur Isambart - comment se fait-il que ce garçon, si simple, ait tout, amis, amour, passion de son travail ?

Le drame éclatera lorsqu’un enfant du prince Llewelyn, le Gallois, sera fait prisonnier. Isambart, fourbe et cruel, a décidé la mise à mort de ce « traître » et peu importe qu’il n’ait que 9 ans ! Pour Harry, c’est plus qu’il ne peut en supporter aussi aide t-il l’enfant à fuir et rejoindre son pays si proche. Ensuite, parce qu’il est droit, il retourne à Parfois afin de terminer son « arbre du ciel », la flèche de l’église presqu’achevée. Fier de son ouvrage, Harry Talvace veut terminer ce qu’il a promis ; il la terminera, et avec elle, sa vie pendant que Gilleis ayant mis leur enfant au monde, trouve refuge grâce à Benedetta chez le prince Llewelyn.

Ce premier volet de la trilogie qui s’intitule si joliment « L’Arbre du Ciel » en anglais, et qui a été traduite par « La pierre de vie », est un passionnant roman historique dans lequel on retrouve tous les éléments qui font un formidable moment de lecture, à savoir l’amitié, l’amour, l’Histoire, un certain sens du suspense, la trahison, les guerres et la cruauté de l’époque. Très bien documenté sur le Moyen-âge, ses mœurs, ses lois vis à vis des plus pauvres, cette saga familiale commence de manière haletante. Les caractères sont étudiés avec soin, que ce soit le bon héros ou le vrai méchant, les femmes qu’elles soient soumises ou superficielles ou volontaires et rebelles, les pauvres hères ou les soldats emplis de cruauté.