La Peur de Montalbano de Andrea Camilleri

La Paura di Montalbano

La Peur de Montalbano

Le mardi 28 décembre 2004 par Sheherazade

Recueil de six nouvelles, trois très courtes et trois longues, celles-ci comportant de vraies intrigues policières où se retrouvent les thèmes chers à l’auteur, à savoir la dénonciation des malversations de la mafia, ou autres crimes au sein de la bourgeoisie. Les récits courts sont des clins d’oeil à l’astuce du commissaire Salvo Montalbano.

- Giorno di febbre  : le commissaire, fièvreux, cherche en vain un thermomètre. Près de la pharmacie, un échange de coups de feu a blessé une jeune passante ; un vagabond lui sauve la vie provocant la curiosité du commissaire.

-  Dans Ferito a morte, Montalbano est appelé sur les lieux du meurtre d’un odieux usurier dont la nièce, simplette, est perturbée et affolée, d’autant plus qu’elle a tiré sur le voleur ; pourtant le commissaire a des soupçons. Parallèlement il doit enquêter sur la disparition du garçon de course amoureux de la gamine.

- Un cappello pieno di pioggia  : à Rome pour raisons administratives, le commissaire n’est pas du tout de bonne humeur, d’autant plus que le mauvais temps s’en mêle. Le hasard lui a fait retrouver un ami de jeunesse, qui insiste pour l’inviter chez lui. En route vers le rendez-vous, Montalbano est intrigué par les agissements d’un jeune homme agressif, fort désireux de récupérer un chapeau.

- Il quarto segreto  : de retour à Vigàta, une lettre anonyme arrivée en retard, met le commissaire sur la piste du meurtre d’un maçon albanais, qui s’avérera être un agent de la brigade des stupéfiants. Malgré leurs réticences respectives, Montalbano et le chef de la gendarmerie devront unir leurs forces pour arrêter le meurtrier. Catarella, le plus idiot de ses assistants, aidera le commissaire dans cette tâche par le plus grand des hasards. Une nouvelle occasion pour l’auteur de dénoncer les hommes d’affaires corrompus par la mafia.

- La paura di Montalbano  : entraîné pour un séjour à la montagne par Livia, son amie de coeur génoise, le commissaire, au cours d’une promenade solitaire, sauve un couple littéralement au bord du précipice ; couple en apparence sans histoire, mais chacun sait à quel point les apparences sont trompeuses.

- Meglio lo scuro  : le curé du village vient trouver le commissaire à cause d’une confession qu’on lui a faite ; il est pressé d’entraîner Montalbano chez la moribonde afin qu’elle lui avoue qui est l’auteur d’un crime commis cinquante ans auparavant. Bien que son bras droit et ami, Augello, le lui déconseille, le commissaire va enquêter sur cette affaire ; la solution sera un cas de conscience pour Montalbano qui se demande souvent si toute vérité est bonne à dire.

Ce recueil de six nouvelles reflète parfaitement le style d’Andrea Camilleri aux ambiances tour à tour drôles, mélancoliques ou glauques. Les nouvelles réunissent les personnages récurrents de la série mettant en scène Salvo Montalbano, commissaire à Vigàta, petite ville imaginaire de la Sicile. On y retrouve son stupide adjoint Catarella, aussi agaçant qu’à l’accoutumée ; on y rencontre sa bougonne cuisinière dont les réactions inquiètent toujours le commissaire, ainsi que son ami et adjoint Augello, qui n’arrive pas à se décider au mariage. Sans oublier les relations téléphoniques souvent houleuses avec Livia, sa fiancée de Gênes, au tempérament volcanique.

Salvo Montalbano tient à la fois de Maigret et de Pepe Carvalho. C’est d’ailleurs en hommage à son ami Manuel Vasquez Montalban qu’Andrea Camilleri a doté son héros du patronyme de Montalbano. Tout comme le héros de Vasquez Montalban, le commissaire sicilien est un amateur de cuisine et de livres, un érudit portant un regard tantôt ironique, tantôt affectueux, tantôt désabusé sur ses semblables et sur les affaires du monde.

Dans la version italienne des enquêtes du commissaire Montalbano, il n’est pas toujours aisé de comprendre le dialecte sicilien qui se mélange aux dialogues des protagonistes. Toutefois, ce petit écueil franchi, on marche à fond dans ces récits où la dénonciation sociale sont adroitement mêlées aux enquêtes policières et où l’humour le dispute aux moments dramatiques.