La Part manquante de Christian Bobin

La Part manquante

Le dimanche 4 décembre 2005 par FBonardi

Le plus agréable, quand on publie un premier roman, c’est d’y avoir glissé un hommage... Voici celui adressé dans les pages de "l’ombre au tableau" (l’Harmattan, sept 2005) à C. Bobin

Au hasard d’une page, une phrase s’échappe du petit livre. Elle monte, inscrit dans le ciel une trace de lumière. Les mots éclatent, ils forment des bouquets de couleurs, et puis retombent, on croit que c’est n’importe comment, mais ils s’alignent de nouveau sur la page, dans un ordre parfait, toujours recommencé. Je relis la phrase à voix haute, le contrôleur fait une drôle de tête. Quelquefois, les mots échappent comme ça à toute uniformité. Si je dois un jour être malheureux de bon cœur, je peindrais un tableau qui s’appellera la part manquante. Je repose la tête contre la vitre. Les nuances de la campagne se sont unies en un vert plus franc, à peine tâché par quelques villages. Je pense à Irène, comme si le temps s’était figé, et qu’elle allait apparaître, avec ses yeux de chat et son sourire mutin, semblable aux jours où je l’avais quittée. Insensible aux années, aux déceptions, éternelle dans la rupture, comme on l’est dans la mort. Je reprends la lecture, juste deux pages, entre lesquelles un sentiment a séché, comme une fleur pétrifiée par l’or des mots.

F. Bonardi

Un autre article de MaBibliothèque.Net a été écrit sur ce livre : La Part manquante