La Jeune Fille à la perle de Tracy Chevalier

Faut-il adapter la vie de Vermeer ?

La Jeune Fille à la perle

Le samedi 3 avril 2004 par Sheherazade

Un épisode totalement romancé de la vie d’un peintre de génie, reconnu pour avoir été l’un des hommes les plus secrets de l’histoire de la peinture et qui n’était connu que pour un nombre assez réduit de ses oeuvres, alors qu’elles furent très nombreuses.

Le merveilleux chef d’oeuvre qu’est La Jeune fille à la perle est aussi l’un des tableaux les plus mystérieux du peintre hollandais Johannes Vermeer, suscitant les interrogations des historiens de l’art depuis des années. C’est cette fascination qui a inspiré le roman de Tracy Chevalier à broder un roman que j’ai trouvé assez superficiel.

Griet, jeune fille dont la famille a connu des revers de fortune depuis la cécité du père, a été engagée dans le ménage Vermeer, qui connaît à cette période une certaine aisance. Aisance précaire toutefois compte tenu du temps que met le peintre à terminer un tableau commandité. L’artiste est un perfectionniste pour qui l’art est plus important que l’argent, mais sa nombreuse famille doit bien vivre. Lorsque le roman commence, son épouse est sur le point d’avoir son 6ème enfant. C’est une femme assez superficielle, vaniteuse, jalouse de tout et de rien, ne comprenant pas du tout la passion de son époux pour la peinture et le fait que l’argent ne coule pas à flots malgré sa renommée.

L’ambiance dans la demeure Vermeer est tendue, l’une des filles, Cornelia, la plus jolie et la plus teigneuse aussi, va immédiatement prendre Griet en grippe et tenter par toutes les mesquineries possibles de la faire renvoyer. Par contre, la belle-mère du peintre, Maria Thines, est plutôt favorable à cette fille très jeune dont elle sent la force de caractère.

Les Vermeer sont catholiques, ce qui pose aussi un problème à Griet, issue d’une famille protestante ; cependant le livre met l’accent sur la tolérance qui régnait à Delft au 17ème siècle entre les deux croyances.

Pour Griet la vie comme servante est dure ; elle se lève aux aurores et se couche très tard lorsque ses tâches sont terminées. Parmi celles-ci, il y a le marché où elle fait la connaissance du Pieter, jeune boucher qui va immédiatement tomber amoureux et devenir particulièrement insistant, ce qui d’abord ne plaît pas à la jeune fille.

Un jour, en nettoyant l’atelier du peintre - un lieu sacré dans la maison - elle fait une remarque judicieuse qui porte le peintre à l’engager comme apprentie pour préparer les couleurs. Dès lors, entre eux s’installe une sorte de complicité qui va déchaîner la jalousie de Catharina et même de Tanneke, l’autre servante. La complicité va déboucher sur des séances de pose qui mèneront au chef d’oeuvre, mais qui va brusquer le renvoi de la jeune servante.

Le roman est écrit comme le journal de Griet, elle parle avec simplicité de ce qui l’entoure ; les ambiances surtout sont intéressantes et les moins superficielles de l’histoire : description de la vie de Delft et son marché, surtout ; relations entre catholiques et protestants et la relative tolérance des deux croyances ; relations familiales tendues chez les Vermeer, malheureuses et pitoyables chez Griet. Et malgré ces ambiances, le livre a réellement un petit côté superficiel, que j’ai trouvé fort dommage. Par ailleurs, les relations maître/servante sont plus qu’anachroniques et sont la vision d’une jeune femme de notre époque ; jamais au 17ème siècle une telle situation ne se serait produite.

Ce qui est agaçant dans le livre de Tracy Chevalier, c’est d’avoir à ce point brodé autour de la vie personnelle d’un peintre dont on sait peu de choses, si ce n’est qu’il était possédé par le démon du jeu et par le génie artistique. Il était un génie intimiste du clair/obscur (bien meilleur que Rembrandt à mon avis) ; Vermeer était un homme qui détestait peindre pour de l’argent mais qui paradoxalement était obligé de travailler sur commande pour faire vivre sa nombreuse famille (il aura 11 enfants au total ! - pas étonnant que sa femme ait été hystérique et labile). Les mécènes étaient souvent des gens très riches mais peu éduqués, ne comprenant pas grand’chose à la peintre, seulement désireux d’exhiber des oeuvres d’art. C’est cette ambiguité qui est la part exacte du roman.

On ne saura jamais qui était la jeune fille à la perle et il est plus que probable que personne n’ait jamais posé pour ce portrait superbe. Johannes Vermeer était un génie qui prenait des croquis, observait avec acuité les femmes, les hommes, les enfants autour de lui. Son génie artistique a fait le reste.

Pour mieux connaître Vermeer et son oeuvre, je conseillerais de lire le très beau catalogue issu lors de la retrospective de ses oeuvres. Il a été écrit par Ben Broos, Arthur Wheelock Jr, Albert Blankert et Jorgen Wadum, respectivement conservateurs de musées, à la National Gallery et historiens d’art.


  • La Jeune Fille à la perle  10 novembre 2007
    Un livre plutôt ennuyeux , jamais fini et qui va sûrement terminer dans un bookcrossing ^^
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  • > La Jeune Fille à la perle  5 mars 2005, par Feline

    Il est rare qu’un film m’ait davantage plu qu’un livre. C’est le cas de celui-ci. Autant le film m’a émue et intéressé à l’histoire. Autant le livre m’a paru ennuyeux et sans éclat !

    Le personnage de Griet m’a irritée tout au long de ma lecture : par ses attitudes et ses sentiments partagés. Son comportement envers Pieter et envers ses parents m’ont semblé bien mesquins. En fait, aucun des personnages n’a attiré ma sympathie. Je ne connais rien à la vie de Vermeer mais Tracy Chevalier ne le dépeint pas de manière flatteuse : sans courage, il préfère faire des cachotteries à sa femme, même aux dépens des autres que d’être honnête. Il sacrifiera d’ailleurs Griet à sa passion pour sa peinture et pour préserver sa tranquillité. Totalement enfermé dans son monde imaginaire (c’est peut-être ce qui fait un grand peintre), il ne vit que dans sa réalité et se soucie peu du monde qui l’entoure.

    Non vraiment, ce roman ne m’a pas touché.


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  • > La Jeune Fille à la perle  25 septembre 2004, par wallen

    J’ai beaucoup aimé ce livre, il m’a permis de "découvrir" Vermeer (bon, je connaissais son nom, mais pas ses oeuvres). Ce que je regrette, c’est qu’il n’ait pas été assez approfondi...La relation Griet/Vermeer est évoquée de façon trop superficielle à mon goût. A part ça, l’ambiance "Hollande du XVIIème siècle", très bien décrite. On s’y croirait ^^

    Il ne me reste plus qu’à voir le film !


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    • > La Jeune Fille à la perle 26 septembre 2004, par bastet
      normal que la relation Griet/Vermeer soit évoquée superficiellement, puisqu’elle n’a jamais existé !
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      • > La Jeune Fille à la perle 27 septembre 2004, par Wallen
        Je suis d’accord, mais quitte à inventer quelque chose, autant aller jusqu’au bout. ^^
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  • > La Jeune Fille à la perle  13 juillet 2004
    Je ne suis pas vraiment d’accord pour dire que ce roman n’a pas d’intéret (à part d’amener les néophytes à la peinture). Je trouve au contraire qu’il est très rafraîchissant, permet l’évasion, et qu’importe la "réalité historique" (que sait-on de toute façon de réel sur ces peintres) puisque l’on sait qu’il s’agit d’une rêverie de romancière à partir d’un tableau... Moi je me suis prise à rêver également... j’ai beaucoup aimé.
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  • > La Jeune Fille à la perle  25 mai 2004, par Effem

    Bastet la féline,

    Je suis d’accord. Le roman est superficiel, mais qu’importe s’il amène des néophytes à s’intéresser à Vermeeer !

    J’aimerais un éclaircissement sur les relations maître/servante. En qui sont-elles anachroniques ? Pour quelle raison, jamais au 17ieme une telle situation ne se serait produite ? Voilà des questions dont les réponses m’intéressent fortement.

    Merci de me fournir matière à réflexion...

    Picturalement-vôtre !

    Effem


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    • > La Jeune Fille à la perle 25 mai 2004, par bastet

      à aucun moment, au 17ème siècle, un maître, fut il un peintre de renom, ne se serait intéressé à une servante pour en faire une quasi-assistante. La seule chose qui aurait pu l’intéresser était de la mettre dans son lit, mais Vermeer avait d’autres choses plus importantes en tête.

      Vous avez raison en ce qui concerne l’intérêt que pourrait susciter le livre à découvrir Vemeer, mais j’aimerais bien que les personnes qui se sont précipitées sur une biographie et sur les oeuvres du peintre, se signalent - je crains hélas que leur nombre ne soit pas très grand, mais bon je suis parfois un peu misanthrope.


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  • > La Jeune Fille à la perle  21 mai 2004
    peu importe si cela amene a regarder les oeuvres du peintre et si cela amène a la reverie et l’évasion
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    • > La Jeune Fille à la perle 21 mai 2004, par bastet
      je comprends votre point de vue, mais les oeuvres des artistes parlent pour elles-mêmes et incitent à la rêverie bien mieux que n’importe quel roman que l’on brode sur leur vie personnelle
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  • > La Jeune Fille à la perle  13 mai 2004, par Dadoo
    Une critique de ce roman est aussi disponible sur Critiques Ordinaires
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    • > La Jeune Fille à la perle 13 mai 2004, par bastet
      merci pour cette information - le livre a suscité pas mal de réactions en général, sur presque tous les sites de lecture existants. Je maintiens ma position : la vie des peintres est plus intéressante sous forme de vraie biographie.
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    • > La Jeune Fille à la perle 18 août 2004, par orlane
      c est un des plus beau roman que j ai lue donc pas de critique a faire
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