La Constance du jardinier de John Le Carré

Magouilles en tous genres

La Constance du jardinier

Le mardi 6 avril 2004 par Sheherazade

Justin Quayle, élégant diplomate, playboy et jardinier amateur, coqueluche de toutes les mères ayant une fille à marier, a rencontré Tessa Abbott au cours d’une de ces soirées mondaines où l’on parle beaucoup pour ne rien dire. Mais Tessa, jeune avocate aussi intelligente que jolie, ne parlait jamais pour ne rien dire ; pour elle tout était profondément sérieux et particulièrement son engagement à l’égard du tiers-monde.

Elle était aussi, hélas, trop impulsive tant aux yeux du Foreign Office que des gouvernements africains qu’elle agaçait par sa manie de vouloir découvrir - entre autres - où partaient les subsides.

A l’étonnement général, malgré l’importante différence d’âge, Justin et Tessa se sont mariés et sont partis vivre à Nairobi au Kenya, où Justin occupait un poste à la Chancellerie. Ils eurent même un bébé qui hélas n’a pas vécu très longtemps. Même enceinte, Tessa poursuivait, relâche et sans compromis, sa lutte contre la corruption du gouvernement en place, scandalisée par la misère qu’elle découvre en Afrique.

Et à présent, Tessa Quayle est morte, bestialement assassinée dans sa Jeep près du lac Turkana et tous les soupçons se portent sur le séduisant docteur africain, Arnold Bluhm, qu’elle accompagnait en tournée sans se préoccuper des ragots que cela suscitait. Justin lui-même fait l’objet d’une enquête, car il est soupçonné d’avoir commandité la mort de son épouse par jalousie ; disculpé Quayle décide de partir pour Londres non sans emporter subrepticement une partie des documents sur lesquels Tessa travaillait afin de dénoncer les machinations d’une importante multinationale pharmaceutique.

Justin Quayle, le "dilettante", le "superficiel" Justin, va - sous une fausse identité - mener sa propre enquête pour découvrir la vérité sur le meurtre sauvage de son épouse car il ne croit nullement à la culpabilité du docteur Bluhm qui a d’ailleurs disparu ; tout comme il ne croit pas davantage à la théorie des mercenaires africains.

Parce qu’il refuse d’abandonner son épouse, même morte, Justin va avoir tout le monde contre lui, de son supérieur au Foreign Office jusqu’aux tueurs de la multinationale, en passant par ceux qu’il croyait ses amis. Sa quête de vérité l’entraînera à travers l’Europe, au Canada et finalement le ramènera en Afrique. L’affaire a des implications qui remontent bien plus loin qu’il ne l’imaginait mais par loyauté envers la mémoire de Tessa, Quayle ira jusqu’au bout de son destin.

John le Carré est connu pour ses romans d’espionnage dont beaucoup ont été portés à l’écran. Ici, il est plutôt dans le régistre des thrillers et n’hésite pas à dénoncer avec vigueur toutes les magouilles politiques et économiques des multinationales qui saccagent et appauvrissent le continent africain. "The Constant Gardner " est un document très bien construit, un palpitant roman d’aventures et surtout, un très beau portrait d’homme d’abord pas tellement concerné par la réalité, mais qui petit à petit va s’impliquer par amour pour son épouse défunte. A lire absolument


  • Une collection de polars explore la face sombre de la santé publique   20 juillet 2004, par Dadoo

    Apparemment de plus en plus de polars s’inspirent du monde trouble de l’industrie pharmaceutique :

    PARIS (AFP) - Médicaments dangereux, lobby pharmaceutiques, maladie d’Alzeihmer, maltraitance en maison de retraite : une collection de polars, lancée par la Mutualité Française et l’éditeur Fleuve noir, s’attaque aux versants opaques et controversés de la santé publique.

    "L’idée est venue de la difficulté à mobiliser l’opinion sur des problèmes de santé publique", raconte Roger Lenglet, responsable de la Collection Polar Santé à la Mutualité Française.

    "Les publications d’experts sur ce genre de sujet plafonnent vite et surtout prêchent à des convertis, c’est pourquoi on a choisi le genre littéraire populaire par excellence : le polar", explique cet ancien journaliste d’investigation.

    (suite...)


    La dépeche sur Yahoo
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  • > La Constance du jardinier  20 mai 2004, par Dadoo

    J’ai trouvé que le début du roman était un peu long, heureusement quand on rentre vraiment dans le cœur du sujet tout s’accélère et on colle facilement aux basques de Quayle dans son enquête.

    Le thème du roman est particulièrement important à mon avis. On ne dira jamais à quel point l’industrie pharmaceutique doit être surveillée de près.

    Dans ce roman, Le Carré parvient bien à nous montrer comment cette industrie passe très vite la ligne rouge : ils ont trouvé un bon médicament, qui va sauver des vies en Afrique. Malheureusement le Dieu profit les oblige à lancer leurs produits un peu trop vite et à masquer ses insuffisances. Il n’y a pas de réelle volonté de nuire, simplement un manque d’éthique qui finit par tourner à la catastrophe !


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    • > La Constance du jardinier 20 mai 2004, par bastet
      je ne partage pas totalement ton opinion concernant la "non volonté de nuire" ; peut être qu’au départ, il n’y a pas effectivement volonté de faire du mal, mais il n’y a pas non plus marche arrière lorsque les résultats prouvent qu’un produit n’est pas au point. Et là, cela devient bien plus qu’un manque d’éthique, cela devient du meurtre pur et simple
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      • > La Constance du jardinier 20 mai 2004, par Dadoo
        Disons que j’ai trouvé intéressant le fait que Le Carré ne présente pas le problème en disant que les sociétés pharmaceutiques étaient fondamentalement mauvaises mais montre au contraire que c’est un comportement à la marge qui provoque les horreurs dont on parle. Cela ne signifie pas qu’il faille laisser faire en disant que ce n’est pas grave, mais qu’une solution est sans doute envisageable...
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        • > La Constance du jardinier 21 mai 2004, par bastet
          pourtant c’était son but de présenter les multinationales comme étant foncièrement nocives à l’humanité, en tout cas c’est ce qu’il expliquait dans l’une des interviews qu’il a bien voulu donner. Il exprimait aussi le fait que tant le Profit avec grand P était le moteur de notre société, il y aurait peu de chance pour celle-ci. Une opinion que je partage à 100 pour 100
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