La Chute du British Museum de David Lodge

De la position de l’Eglise Catholique sur la sexualité dans les années 70...

La Chute du British Museum

Le jeudi 29 janvier 2004 par Feline

David Lodge est un de mes écrivains favoris. Il sait toujours mettre le doigt sur le côté comique de chaque situation aussi banale soit-elle. Dans "La chute du British Museum", il s’attaque au catholicisme et à la sexualité, ou plutôt à la sexualité des couples catholiques dans les années 70. Rappelons que le catholicisme est loin d’être répandu en Angleterre et l’on peut décemment soupçonner une part autobiographique dans ce roman.

En effet, à l’instar du personnage principal, David Lodge fut un jeune étudiant de troisième cycle, marié et père de deux enfants, catholique pratiquant et donc soumis à la terrible loi du "contrôle des naissances" qui interdisaient à tout couple d’employer la moindre méthode contraceptive et les contraignaient donc à une vie d’angoisse qui atteignait son paroxysme le jour du début des règles.

Adam Appleby vit donc ce terrible enfer mensuel depuis la naissance de son troisième enfant, se demandant comme il ferait pour nourrir une bouche supplémentaire avec son maigre revenu. Ce matin-là est donc " le matin des règles". Et horreur, rien à l’horizon et Barbara, son épouse, est victime de nausées ! De plus, n’ont-ils pas fait l’amour, deux semaines auparavant, au retour d’une soirée arrosée ? Pas moyen de s’en souvenir... D’autant qu’ils n’avaient pas pris la température de Barbara... Et si elle était enceinte ? Cette interrogation obsédera Adam toute la journée, journée ponctuée des aventures les plus rocambolesques qu’un jeune chercheur au British Museum puisse imaginer.

Une fois encore, David Lodge enchaine les situations cocasses en un rythme infernal. Mais là où le roman se distingue des autres : c’est qu’il y a glissé des pastiches d’écrivains anglais. Malheureusement, certaines parodies sont inaccessibles aux "non anglophones". C’est pourquoi, il les explique en prologue. Je ne citerai ici que celles qui m’ont le plus marquées : l’étrange parcours pour renouveller une carte de lecteur qui rappelle l’administration hermétique à l’oeuvre dans "Le Procès" de Kafka ; la course poursuite dans les dédales du British Museum sur un tempo digne de Graham Greene et l’épilogue écrit sur le modèle de la fin d"Ulysse" de James Joyce. La parole est accordée à Barbara, qui dans un monologue, duquel toute ponctuation est absente, nous livre son opinion au sujet de la sexualité, du contrôle des naissances et du catholicisme.

David Lodge, dans ce roman original, nous livre une critique acerbe de la position de l’Eglise Catholique sur la sexualité dans les années 70 et des conséquences sur de jeunes couples dépourvus de moyens. J’ai passé un agréable moment comme toujours avec David Lodge mais j’ai trouvé ce roman légèrement inférieur à la trilogie "Changement de décor", "Un tout petit monde" et "Jeux de société", moins hilarant.