L’ombre de Shrander de M John Harrison

L’ombre de Shrander

Le dimanche 22 août 2004 par Mario_Heimburger

Vous prenez un puzzle. Vous essayez d’appliquer les méthodes habituelles, mais vous ne trouvez pas de bords. Rapidement vous comprenez que ce puzzle ne représente pas un rectangle, mais une bande de Moebius. Vous manquez d’abandonner. Et puis, deux pièces attirent votre attention : des similitudes. Vous les mettez côte à côte. C’est peut-être le début.

Peu importe que vous démontiez ces pièces après : vous avez l’intuition que le puzzle est faisable. Alors vous observez chaque pièce, et vous tentez des les rapprocher. La majorité de vos essais sont absurdes, mais ce sont des essais. Et petit à petit, vous parvenez à reconstituer le puzzle, mais en regardant ce qu’il représente vous n’êtes toujours pas très sûr de bien comprendre, de reconnaître quoi que ce soit. Des intuitions et des impressions, mais un tout harmonieux.

C’est ce qu’évoque ce livre. Autour de trois personnages traités alternativement dans un cycle de 3 chapitres, Harrison construit un - non : des - univers hauts en couleurs, avec emphase et bagoût. Un physicien serial-killer du Londres du XXème siècle, une femme-vaisseau dans une technologie extra-terrestre, et un bulleur/looser/prophète/pilote dans une vie ratée. Tous courent après leurs vies, poursuivis par leurs fantômes personnels qui sont peut-être les mêmes...

C’est aussi une toute nouvelle sensation de lecture : des paragraphes entiers, incompréhensibles. Les mots séparés peuvent avoir un sens. Ensemble ils n’en ont aucun, et pourtant, on ressent la charge émotionnelle du paragraphe. On lit avec des impressions, non plus avec sa tête. Le cerveau est inutile : les images se chargent de tout. Les mots disparaissent et le rythme est le seul guide.

Au final, on ne comprend pas tout. Et surtout, il n’y a pas réellement de fin. D’ailleurs, méchamment, je vais vous dire quel est le dernier mot du livre, imprimé en caractère gras sur une ligne à part, centré : DEBUT. Je suis tombé sur ce mot en feuilletant. Il m’a intrigué tout le livre durant, et j’en ai quand même ressenti du plaisir. Peut-être a-t-il d’ailleurs été placé là exprès, je ne sais pas... En tous cas, un très grand roman de SF, qui dépasse largement toutes les normes du genre et fait exploser les canevas.