L’incendie de Los Angeles de Nathanaël West

Le jeudi 26 août 2004 par Mario_Heimburger
Tod est scénariste, peintre, et très oisif. Dans le Los Angeles des années 30, il vivote, traîne beaucoup, rêve un peu. En particulier de Faye, une jeune femme superficielle qui comme beaucoup veut devenir actrice, mais qui n’a que son corps en argument. Celle-ci repousse toujours gentiment ses avances. Sans justification. La frustration gagne Tod, et progresse encore quand à la mort du père de Faye - un comédien VRP, celle-ci s’installe avec Homer, un balourd timide et sans ambition.
L’arrangement est simple : Homer l’héberge jusqu’à ce qu’elle devienne une star. Elle remboursera après. Mais bientôt, la frustration gagne aussi Faye, qui ne voit plus d’horizon à sa vie. Elle méprisera Homer, le provoquera de toutes les façons possibles, l’humiliera, sous le regard de Tod. Et l’enfer pourra commencer. Pour tous.
De la première scéne jusqu’à l’émeute qui marque la fin du livre, on ressent une terrible vanité dans les destins des différents acteurs du roman. Tout n’est que faux-semblants, non-dits et frustrations. La vérité ne transparaît presque jamais, même les pensées sont tordues, faussées par les règles de cette Californie "où les gens viennent mourrir". La satyre est féroce, cynique, désabusée. Il ne semble presque rien y avoir à sauver : tout est dévoré par les flammes de l’amour, de la jalousie, du désir, de l’envie, à l’image des flammes qui ravagent la toile sur laquelle travaille le narrateur et qui porte le nom du livre.
Un livre qui était très certainement en avance sur son temps, dans le ton, dans la critique. On croirait un roman contemporain... Le style direct, très "américain", ajoute au modernisme de cette critique ironique du rêve hollywoodien.
Extrait :
« Tod quitta la route et grimpa jusqu’à la crête de la colline pour regarder en bas de l’autre côté. De là, il put voir un champ de quatre à cinq hectares couvert d’une brousse épineuse parsemée de touffes de tournesol et d’eucalyptus sauvage. Au centre du champ s’élevait un amoncellement gigantesque de décors, de panneaux anti-son et d’accessoires. Pendant que Tod regardait, un camion de dix tonnes y ajouta une nouvelle charge. C’était le dépotoir final. Il pensa à la Mer des Sargasses de Janvier. De même que cette masse d’eau imaginaire est une histoire de la civilisation sous forme de dépotoir marin, la décharge du studio en est une sous l’aspect d’un dépôt de balayures de rêves. Les Sargasses de l’imagination ! Et ce dépôt s’emplit tous les jours davantage, car il n’existe nulle part de rêve en suspension qui ne finisse tôt ou tard par y échouer, après avoir été rendu photogénique à l’aide de plâtre, de toile, de lattes et de peinture. Bien des navires sombrent et n’atteignent jamais la mer des Sargasses, mais nul rêve ne s’efface entièrement. Il trouble, en quelque endroit, une personne infortunée et quand cette personne a été suffisamment troublée, le rêve est reproduit au studio. »

