L’étrangleur d’Edimbourg de Ian Rankin

Knots and Crosses

L’étrangleur d’Edimbourg

Le lundi 6 juin 2005 par Sheherazade

Sommes nous amenés à toujours payer les erreurs du passé ? Celui-ci doit-il nécessairement nous revenir en pleine figure des années plus tard ?

Edimbourg, comme toute grande ville, a deux visages. Celui du joyau touristique, très chaleureux, un peu nimbé de mystère par temps de brume, rempli de curiosités et musées, tous plus intéressants les unes que les autres.

Et puis il y a la ville sombre, celle de la crasse, du racisme, de la pauvreté, de la drogue, de la misère humaine, du meurtre. Bref la ville de l’Inspecteur John Rebus.

Pour l’instant, lui et toute la police d’Edimbourg enquêtent activement sur la disparition et le meurtre par strangulation de quatre pré-adolescentes. Les journaux se gargarisent de titres racoleurs sur ce pédophile-tueur en série, pourtant aucune des gamines n’a été agressée sexuellement. La police est taxée d’incompétence par les journalistes en mal de sensation. Oui la police patauge, car elle ne dispose de pratiquement aucune piste, aucun indice.

Sauf peut-être l’inspecteur Rebus qui reçoit de plus en plus régulièrement lettres anonymes comportant une simple phrase sybilline illustrée avec soit un petit garrot, soit des croix.

Rebus est un homme luttant contre des démons intérieurs qui remontent à son passé dans les S.A.S., forces spéciales au sein de l’armée. Dans ses cauchemars récurrents, il y a toujours un appel à l’aide, des cris et... le réveil en pleine crise d’angoisse.

Ses rêves ne sont pas l’unique part de sa vie qui ne fonctionne pas bien. Sa vie privée est un désastre : sa femme le déteste et l’a quitté, il ne voit que trop rarement sa fille adolescente, il fume comme une cheminée, se nourrit de manière impossible et boit comme un trou ! En dehors de sa fille, sa seule famille est son frère Michael, hypnotiseur assez connu, qui l’évite autant que faire se peut ; il est vrai que Michael semble tremper dans quelque chose de pas très net et la fréquentation d’un flic, fût-il son frère, n’est pas l’idéal.

Rebus tente bien une aventure sentimentale avec une collègue, mais la jeune et ambitieuse jeune femme n’est pas de celles qui laissent d’autres décider à sa place ! D’autre part, son ex-femme est parvenue à avoir comme petit ami le fils du supérieur hiérarchique de Rebus, un type qui le déteste cordialement. Et dire que nous pensons parfois avoir des complications dans la vie .......

Quant à sa vie professionnelle, parlons-on ! John Rebus est un excellent élément, mais totalement dénué d’ambition et ayant un sérieux problème avec la hiérarchie. Du côté de l’avancement, c’est fameusement compromis.

Lorsque sa propre fille sera kidnappée et son ex-femme à l’hôpital, les nerfs de Rebus craquent complètement et c’est en racontant les faits s’étant produits lorsqu’il était dans les Forces Spéciales qu’il réalise que cette affaire d’enlèvements et de meurtres est personnelle et que les faits de son passé lui sont revenus en pleine face. La course contre la montre commence à présent pour sauver la petite Samantha.

L’auteur, Ian Rankin, adore Edimbourg et cela se sent. Il est revenu y vivre avec sa famille après quelques années passées dans le sud-ouest français. Elle est la vraie vedette de ses romans. Voilà près de vingt ans qu’il écrit les enquêtes de John Rebus, un flic actuellement proche de la retraite mais dont " Knots & Crosses" est la première aventure ; l’auteur avait l’intention d’en rester là, mais actuellement Rebus en est à sa 16ème enquête. Il est de moins en moins aimé, d’ailleurs aigri et peu aimable, il est pieux bien que ne fréquentant aucune église et il est très manichéen : pour lui il y a LE Bien et LE Mal, le noir ou le blanc, rien entre les deux.

Bien que son parcours existentiel soit très différent de celui de son auteur, Rankin reconnaît mettre certains de ses problèmes dans la vie sur les épaules de son inspecteur, par mesure d’exorcisme.

J’ai beaucoup apprécié cette première aventure de John Rebus, la complexité de son caractère, l’ambiance créée. Je compte bien lire quelques autres de ses enquêtes car je trouve le style de Rankin palpitant. Je commence d’ailleurs à avoir l’habitude des polars glauques, des inspecteurs bourrus, se nourrisant très mal, fumant beaucoup trop et buvant comme des trous. Je regrette toutefois le petit manque de cet humour et du cynisme de Sam Spade ou Philip Marlowe , les héros de Dashiell Hammett et Raymond Chandler. Ou même (mais oui) d’une Agatha Christie ou de Georgette Heyer. Les auteurs britanniques ou suédois tels Robinson, Rankin, Mankell, veulent privilégier la piste du réalisme, du "no-nonsense" parce que dans la vie, il n’y a rien de drôle : le monde est corrompu, les villes sont pourries, les habitants égoïstes et indifférents au sort de leurs voisins, bref la méchanceté est partout, comme dirait Miss Marple. C’est Simenon en beaucoup plus sombre, et déjà là, ça ne rigolait pas !

Ian Rankin est également l’auteur d’un très bel ouvrage documentaire sur l’Ecosse, intitulé "REBUS’S SCOTLAND : A PERSONAL JOURNEY".

Il y évoque les lieux où se situent les enquêtes de l’inspecteur Rebus, cette facette de son pays que le touriste ignore. L’ouvrage est illustré de très belles photographies de Ross Gillespie et Tricia Malley.

Le cadeau idéal pour les amoureux de l’Ecosse, et les autres.


  • > L’étrangleur d’Edimbourg  7 juin 2005, par bastet
    quelle pauvre traduction que ce titre français - alors que le titre anglais était totalement lié à la trame même de ce polar, le titre français est d’une banalité ! quel dommage !
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