L’entreprise contre la pauvreté de Jacques Baratier

La dernière chance du libéralisme

L’entreprise contre la pauvreté

Le dimanche 16 octobre 2005 par Mario_Heimburger

Jacques Baratier fut soldat pendant la guerre de 39. Il a fait partie des libérateurs d’un camp et a pu voir les conséquences de la folie d’une idéologie. Après la guerre, il a dirigé pendant plusieurs décennies une entreprise, en gravissant les échelons - aidé, certes - avant de tout plaquer pour se lancer dans un programme d’aide au développement des pays en développement.

Son credo : l’entreprise et sa logique sont le seul outil de génération de richesses. En favorisant la création d’entreprises, on peut créer là où il n’y a rien le tissu économique nécessaire pour sortir un pays de la pauvreté et - par un effet de cause/conséquence - à créer une croissance mondiale plus stable et plus humaine, au lieu de la limiter à des pays riches qui finissent par s’asphyxier eux-même.

Mais ce fervent défenseur de l’entreprise et du libéralisme n’en finit pas de critiquer la folie du néolibéralisme destructeur : il y voit une idéologie aussi néfaste que les deux autres du siècle (nazisme et stallinisme), mais plus larvée, moins visible... et produisant pourtant autant de dégâts (environnement, tissu social, inégalités et les conséquences sur la mortalité dans le monde...).

Il critique le "laisser-fairisme", le modèle de pensée unique qui ne laisse "aucun choix".

"A tous ceux qui nous affirment qu’il n’y a pas moyen de faire autrement que d’asservir l’homme aux lois du marché, répondez avec moi que non seulement il y a moyen de faire autrement, mais qu’au contraire, il n’y a pas d’autre moyen que de faire autrement"

Bien sûr, on peut ne pas être d’accord avec tout. Notamment que la croissance soit un objectif ultime et le seul objectif possible (on sait depuis longtemps que la planète et l’écosystème limitent la croissance, que tout le monde ne peut pas en profiter sauf à coloniser d’autres mondes). On peut aussi douter quand on lit que nous devons tous sacrifier une part de nos richesses (et de sécurité sociale) pour que les autres puissent se développer. Du moins, en ces termes là, cela ressemble fort au discours dominant de perte de salaire et de sécurité. Mais l’auteur se rattrape par ailleurs, en préconisant une économie à visage humain où l’entreprise serait un pacte social entre individus et non une relation de dominant/dominé comme l’orientent la pensée dominante.

Une chose semble sûr : si le monde comptait plus de Jacques Baratier, et moins de jeunes loups financiers aux dents longues, il y aurait moins de conflits, et sans doute moins de raisons d’être violents. Mais Jacques Baratier, à plus de 80 ans, fait partie d’un monde perdu que rien ne semble pouvoir faire renaître sans une prise de conscience violente. Et ses exhortations à une prise de conscience tombent à un moment où peu de monde est prêt à les écouter...

Peut-être est-il déjà trop tard.