L’âme dénouée de Monique Thomassettie

« Métamorphoser le chaos du monde en un foisonnement imagé »

Le jeudi 5 juillet 2007 par gilpro

Ils sont rares, les écrivains qui parviennent à faire passer dans leurs livres une spiritualité authentique débarrassée des carcans religieux, sans toutefois se couper des sources mythiques abreuvant les religions. Monique Thomassettie est de ceux-là. D’ouvrage en ouvrage, elle élabore une œuvre singulière, aux confluents de la poésie, du conte, du récit intérieur et du théâtre, marquée par une symbolique profondément vécue, personnelle et originale, mais qui recoupe et revisite en permanence les grands archétypes.

« L’âme dénouée » en est un nouveau jalon. Les personnages en sont pour la plupart des artistes. Albine, la poétesse des sonorités (« Un cœur symphonique »), enseigne à des enfants perturbés, les accompagnant sur leur chemin par un dialogue d’âme à âme ; celui-ci inspire à l’une de ses protégées une gestation interrogative sous la forme de poèmes (« L’Aile florale ») : « Si je me replie dans l’entre-deux / je rayonne dans l’entre-multiple / mes tenaces et résistantes / pensées / Le combat de mon rêve. » Une troupe de théâtre met en scène le rêve et la vie, l’espace-temps, le jeu et la réalité du monde, jusqu’à ce que le drame la rattrape... et lui offre le succès (« Denise, de mise »). Musiciens, acteurs et danseurs se jouent autant qu’ils ne jouent (« Un cœur constellé d’ombres et de clartés ») jusqu’à ce que le jeu suscite la vie, et plus encore ce qu’elle cèle. Une conteuse, un sculpteur, une conférencière, une pianiste... Tous sont passeurs de niveaux d’existence.

Si l’ouvrage porte la mention « Contes », l’auteur infiltre ceux-ci de poèmes, dialogues, réflexions philosophiques et spirituelles. Certains textes pourraient être qualifiés de nouvelles (comme « Aurore » où l’héroïne, visitant un pays ruiné par la guerre, y découvre l’amour avec son guide improvisé, jadis musicien, aujourd’hui ouvrier du bâtiment, « l’aidant à construire et reconstruire sa propre vie ravagée », tandis que son pays à elle bascule à son tour dans la guerre). En réalité, aucun tiroir ne convient à cette littérature inclassable, d’une richesse foisonnante, méditation poétique sur le rêve et le réel, sur les divers niveaux et sources de l’art et de la connaissance, qui ambitionne de « métamorphoser le chaos du monde en un foisonnement imagé ».

« Insoucieux / rêve le lys des champs / Si les champs deviennent de bataille / le lys meurt / son rêve demeure / Du lys dirai-je / la mort ? / ou le rêve ? / La bataille ? / ou la fleur idéale ? / Choix poétique ? / La poésie n’est pas désertion / Le rêve est aussi compassion » (« L’aile florale »)

« Il n’est pas indispensable de saisir intellectuellement ce qui, en soi, touche ou a été touché. D’emblée, on entend, comprend, on donne ou reçoit, sans devoir d’analyse.

Animation, réanimation intérieure, intime viatique, miracle d’une plus qu’humaine insufflation. En partie conscient, le créateur ne cerne donc pas toute son expression imagée, ses images vont le dépasser et l’entraîner dans une œuvre qu’il n’avait pas planifiée. Ce dépassement est sa créativité mobile, sa souplesse. » (« L’âme dénouée »)

À lire, et surtout à relire, tant il faut passer et repasser par ces chemins de métaphores, les méditer pour s’en imprégner.