L’Oeil de Planque de Béatrice Delapraz

Confidences d’un Collectionneur

L’Oeil de Planque

Le mardi 26 avril 2005 par Sheherazade

Après avoir fait le tour de presque toutes les capitales européennes, la collection Planque est enfin arrivée à Bruxelles, où elle s’est posée au charmant musée d’Ixelles. Il s’agit d’une collection pleine d’originalité et d’émotion, le résultat d’une passion et de la curiosité d’un homme, dont le regard enthousiaste lui permet de collectioner quelque 150 peintures et dessins illustrant son amour pour l’art français du 20ème siècle.

On découvre dans la collection des oeuvres peu connues d’artistes comme Renoir, Bonnard, Braque, Juan Gris, Paul Klee ou Fernand Léger, sans oublier les favoris : Jean Dubuffet et Pablo Picasso . Jean Planque avait également une immense admiration pour Cézanne, dont deux aquarelles très dépouillées (une Montagne Ste-Victoire évidemment ! et une autre très légère).

La collection Planque est une collection de grande diversité ; la scénographie de l’exposition donne aux oeuvres de Dubuffet toutes leurs dimensions. Tout près de Dubuffet, le visiteur découvre les oeuvres magnifiques d’ Aloïse, oeuvres aux couleurs éclatantes réalisées par cette artiste bouleversante qui fut longtemps internée dans un asile psychiatrique ; Aloïse y révèle un épanouissement dans le dessin avec une formidable maîtrise des couleurs.

Qui était Jean Planque (né en 1910, mort en 1998) ? Jusqu’à sa mort, personne n’avait entendu parler de lui, né pauvre, au plus profond du terroir vaudois, il fut d’abord voyageur de commerce, timide et modeste qui à 20 ans gagnait son pain en vendant de la nourriture pour les porcs aux paysans suisses, mais qui allait devenir l’ami de très grands peintres de notre siècle.

Passionné d’art, lui-même artiste, Planque avait l’oeil pour choisir une oeuvre, se laissant guider par son instinct ; il a travaillé comme conseiller de la Galerie Beyeler de Bâle de 1954 à 1972 et parallèlement à son travail il constitua sa propre collection, influencée par son propre regard d’artiste et d’amoureux de la peinture.

Il noua des liens particuliers avec des artistes tels Bazaine, Sonia Delaunay, Bissière, Hans Berger. Les contacts qu’il nouait avec les artistes allaient bien au-delà du simple rapport de marchant à artiste, de multiples lettres, que l’on peut également découvrir au cours de l’exposition, témoignent de l’amitié sincère entre Jean Planque et les artistes.

Dans ce livre " L’OEIL DE PLANQUE ", il se confie à sa manière à sa nièce, Béatrice Delapraz, dévoilant dans une phrase extraite de son journal, toute la passion de sa vie :-

"J’aime mieux les tableaux que la vie. Ma vie = tableaux. Il n’y a pas un art du laid et du beau, cela n’existe pas. Il y a seulement le mystère, la magie, et l’horrible peut tout aussi bien que le beau exprimer ces choses. C’est en se livrant totalement à l’instinct, sans intervention intellectuelle que l’on peut exprimer ce qui est en soi, bien en soi, totalement et profondément." (Ecrit en 1973)

Béatrice Delapraz a étudié l’ethnologie et travaillé dans le cinéma documentaire ; ces deux disciplines l’ont inspirée pour interroger son oncle, Jean Planque, afin de reconstituer sa trajectoire tout en lui laissant la parole. Le livre est une série d’entretiens qu’ils eurent ensemble entre 1995 et 1997. Un petit bijou, que je vous recommande si vous aimez découvrir des êtres d’exception qui ne sont pas tellement connus.