Jusqu’au bout de la Foi de Vidiadhar Surajprasad Naipaul

Jusqu’au bout de la Foi

Le samedi 27 novembre 2004

En 1994, Vidiadhar Surajprasad NAIPAUL, qui recevra le Prix Nobel de Littérature sept ans plus tard, entreprend un nouveau voyage dans quatre pays musulmans non arabes : l’Indonésie, l’Iran, le Pakistan bien sûr et la Malaisie. Au bout de son périple, il rassemble ses carnets et rédige "Jusqu’au Bout de la Foi" comme le complémentaire d’un essai écrit par lui en 1980 : "Crépuscule sur l’Islam".

Dans ce livre, vous croiserez peu de femmes et ce sont les hommes qui, à l’exception des éternels opportunistes politiques comme IMADDOUDINE, membre actif de l’Assosiation des intellectuels musulmans d’Indonésie, qui expriment ici le désanchantement de ces peuples à qui la révolution islamique avait promis un régime équitable et démocratique et qui se sont retrouvés enchaînés à des gouvernants rétrogrades et passéistes, chantres parfaits de l’ancienne société féodale et clanique.

Voici le visage de l’une des victimes pakistanaises de ce genre de régime, tel que nous le décrit, très sobrement, V.S. NAIPAUL :

"... [...] Le bout de son nez n’avait pas été tranché comme je le redoutais ; on eût dit qu’il avait été écrasé à l’aide de pincettes brûlantes : une plaie sur chaque narine, rose vif bordée de rouge sombre ; mais elle y était maintenant habituée et ne cherchait plus à la cacher. [...] ..."

Autre extrait, toujours au PAKISTAN :

" ...[...] Les Moghols avaient bâti des forts, des palais, des mosquées et des tombaux ; les Anglais, les bâtiments publics pendant la seconde moitié du XIXème siècle. Lahore était riche en monuments des deux périodes. Ironiquement, pour un pays qui parlait tant d’identité islamique et se prétendait même l’héritier de la puissance moghole, c’étaient les monuments moghols qui tombaient en ruines : le fort, la mosquée de Chah Jahan, les jardins de Shalimar, les tombeaux de l’Empereur Jahangir et de son épouse Nour Jahan. Comme si on laissait se déliter deux VERSAILLES, à tout le moins. C’était dû en partie à un manque général d’éducation, à l’idée ancienne que ce qui n’avait plus d’utilité n’exigeait plus de soins. S’y ajoutait aussi l’attitude du converti à l’Islam envers le lieu où il vit. Son pays n’a aucune importance religieuse ou historique ; ses reliques n’ont aucune valeur. Seuls sont sacrés les sables de l’Arabie. [....]..."Une foule d’anecdotes vécues, comme la mention de "la bourse saoudienne" qui a permis à un homme comme IMAMMOUDINE de se lancer dans la politique, le discours du doux M. WAHID, son adversaire trop honnête qui plaide pour un Islam dépolitisé et laïc (Indonésie), la visite de NAIPAUL à un vieil ayatollah, compagnon de route de KHOMEINY mais désormais tenu à l’écart par le nouveau gouvernement iranien et où le vieillard se vante des massacres auxquels il a participé, l’évocation des "Martyrs de la Révolution" avec leur fameuse clef du paradis au cou (IRAN), les horreurs et l’insécurité qui règnent à Karachi, surtout pour les femmes (PAKISTAN), l’étrange "Islam Malais" enfin, l’épilogue du livre.

"Jusqu’au bout de la Foi" - V.S. NAIPAUL - 10/18 : un livre que vous dévorerez plus que vous ne le lirez.