Je n’ai pas peur de Niccolò Ammaniti

Io non ho paura

Je n’ai pas peur

Le dimanche 16 octobre 2005 par Sheherazade

Durant l’été 78, l’un des plus chauds que le sud de l’Italie ait connu, un groupe d’enfants s’amusent, profitent de leurs vacances, musardent dans les champs, jouent au foot, font des balades avec leurs vieilles bicyclettes...

Au cours de l’un de leurs jeux, Michele, le plus tendre de tous, tombe dans un trou et y fait une découverte qui va pour toujours modifier sa vie et la vision qu’il a des adultes.

Qui donc est cet enfant enchaîné au fond du trou où lui, Michele, est tombé par jeu ? pourquoi l’a t on attaché comme un animal ? parce qu’il est dangereux ? Pourtant ce petit garçon n’a pas l’air si dangereux que cela, il a le même âge que lui, Michele, il parle la même langue, alors pourquoi le laisse-t-on dans ses excréments, sans lumière ? qui le nourrit ? surtout, pourquoi est-il là ?

A Acqua Traverse, son village, il n’y a que quatre maisons, il est difficile de trouver lieu plus pauvre ; bien que Michele ait une très grande affection pour ses parents, il se décide à ne parler à personne de « sa » trouvaille, le petit garçon du trou sera son secret à lui. Ce qui l’intrigue, ce sont ces complots la nuit entre les adultes, ces cris et bagarres qui ont l’air d’éclater, l’apparition d’un personnage mystérieux, inquiétant. Par la télévision, Michele découvre le secret du village, du petit garçon, et découvre surtout l’implication de ses parents qu’il aime profondément. En quelques jours, le petit garçon de neuf ans va devenir un futur homme responsable qui saura exactement ce qu’il faut faire pour oser se regarder en face plus tard.

Dire que j’ai été séduite par «  Io non ho paura  » est un euphémisme, j’ai littéralement dévoré ce livre recommandé par ma prof d’italien. Ce qui est fascinant dans cette histoire, c’est la simplicité avec laquelle le jeune Michele raconte son histoire, on « entend » littéralement un enfant parler. Sa vie entre sa mère, épuisée par les travaux ménagers, sa petite sœur qu’il doit traîner partout avec lui parce qu’il est l’aîné et son père, camionneur, quasi toujours sur les routes mais dont chaque retour est une fête pour ses enfants. Comment cet homme aimant a d’ailleurs pu tremper dans ce crime n’est pas expliqué, ce n’est pas le propos du jeune Michele, lui il raconte ce qui lui est arrivé un été et qui l’a marqué à jamais.

Niccolò Ammaniti mélange habilement une écriture poétique avec une histoire d’une horreur sans nom, car quel crime est plus odieux que l’enlèvement d’un enfant ? Avec « Io non ho paura », Ammaniti a rencontré le même phénomène que Bertrand Blier avec ses « Valseuses » ; à l’origine c’était un scenario qui ne trouvait pas producteur ; lorsque le roman rencontra un succès incontestable et incontesté, le cinéma s’en est emparé et le scenario a alors pu être sorti des tiroirs. Ce thriller est fondé sur la vague criminelle qui frappa l’Italie dans les années 70, où les enlèvements d’enfants (et d’adultes) étaient devenus monnaie courante pour obtenir des rançons, enlèvements qui se terminaient très souvent très mal.

« Io non ho paura » est un thriller « poétique », pour autant que cela puisse exister, mais la description des paysages, de la vie quotidienne en font un livre à lire absolument.