Innocent Graves de Peter Robinson

Innocent Graves

Le mardi 6 juin 2006 par Sheherazade

Légèrement portée sur la bouteille, l’épouse malheureuse du vicaire de la paroisse de St.Mark découvre dans le cimetière du presbytère, sous la statue de son ange préféré, le cadavre d’une adolescente.

Il s’agit de la fille d’un membre important de la communauté d’Eastvale, une jeune fille alliant intelligence à beauté, charme et vivacité d’esprit. Peut être un peu trop vive d’esprit car Deborah Harrison, qui avait tout de même quelques petits défauts comme toute adolescente, aimait bien lancer quelques piques tant à ses copines qu’aux adultes.

L’inspecteur en chef Alan Banks, chargé de l’enquête, s’est déjà fait tapé sur les doigts avant même de commencer l’enquête ; il est vrai que le tout nouveau commissaire en chef de la police d’Eastvale n’a pas la bonhommie de son chef direct, le superintendant Gristhorpe temporairement immobilisé par une mauvaise chute. Le nouveau commissaire (en chef !) est un homme pour qui les apparences comptent plus que tout autre chose ; il a déjà horreur de cette habitude qu’a Banks de se trimbaler avec un walkman, c’est dire s’il lui fait comprendre qu’il serait du plus mauvais goût d’importuner les parents de la victime qui de leur côté n’hésitent pas à menacer Banks de représailles. C’est ce qui s’appelle être pris entre le marteau et l’enclume. D’autant plus que selon le père de Deborah, l’inspecteur et son équipe ne s’activent pas suffisamment à découvrir le coupable bien que les suspects ne manquent pas : un professeur d’anglais, un réfugié bosnien, l’ex-petit ami de la victime, et pourquoi pas le vicaire de la paroisse en personne puisqu’il fait déjà l’objet d’une enquête à cause du Bosnien qui a proféré des accusations graves à son encontre.

Banks et son équipe s’affairent et finissent pas arrêter le professeur d’anglais, il sera pourtant relâché par manque de preuves suffisantes et ce à la grande colère de tous : public et parents de la jeune fille. Quasi immédiatement avec sa remise en liberté, un autre crime aussi sordide est commis à la fureur de tous, seulement l’alibi du professeur est imprenable, il était sous la surveillance d’un officier de police. Hélas les dommages causés par le procès et la suspiscion de tous (selon le fameux adage « il n’y a pas de fumée sans feu » !) lui ont fait perdre son travail, ses amis, le respect de tous. D’autant plus que la jeune femme avec qui il vivait il y a quelques années n’a pas hésité à le noircir auprès de la presse par vengeance personnelle et pour quelques livres sterling de plus.

L’inspecteur Banks aimerait retrouver le journal intime de Deborah, il a l’impression que le meurtrier est à chercher parmi les personnes qui lui étaient proches plutôt que ce prof d’une autre école, même s’il semble être le coupable idéal.

Après le formidable coup de théâtre qui terminait son enquête précédente, voici à nouveau une très bonne enquête celle d’ « Innocent Graves » ! Peter Robinson aborde ici non seulement les difficultés de la procédure policière, entravée parfois par un chef de police en personne trop soucieux de ménager ses bonnes relations, mais il nous fait partager également différentes communautés concernées par l’enquête : la communauté bosniaque, les difficultés de couple du vicaire et son épouse causées également par la rumeur sans oublier la réputation ternie du vicaire, la perte de sa dignité et de sa vie même d’un homme soupçonné d’un crime qu’il n’a pas commis mais dont sa réputation est ternie à tout jamais.

Cette fois, les problèmes personnels de l’inspecteur en chef Alan Banks ne sont pas abordés, par contre le sont les difficultés que lui procurent son nouveau supérieur, homme ambitieux, méprisant et odieux, semblant avoir pris Banks complètement en grippe ; le lecteur se demande un peu pourquoi, mettons cela sur le compte d’une antipathie spontanée réciproque ... Bref pour Alan Banks la vie en province ressemble de plus en plus à la vie londonienne qu’il avait quittée avec tant d’empressement.

En tout cas, «  Innocent Graves » est chaudement recommandé pour qui apprécie les procédures policières et les relations humaines compliquées.


  • Innocent Graves  6 juin 2006, par bastet
    je crois que le titre français de ce roman-ci est "Un goût de cendres et de brouillard"
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