Hildegarde de Bingen de R Pernoudégine

Hildegarde de Bingen

Le dimanche 24 juin 2007 par Sheherazade

L’existence hors du commun de cette moniale bénédictine du 12ème siècle se devait d’inspirer l’historienne, spécialiste du Moyen-âge qu’était Régine Pernoud.

Hildegarde de Bingen était non seulement une mystique mais aussi musicienne et écrivaine, dont l’œuvre parle particulièrement de la place de l’homme dans le cosmos. Bien avant que ce ne soit à la mode actuellement, elle parlait d’environnement, de diététique, de plantes, gemmes, sons et couleurs qui guérissent.

Mais ce qui fait le plus grand intérêt de ses écrits, de ses visions, est la place d’égale à l’homme qu’elle voulait pour la femme. Pour elle, la femme a un rôle des plus importants à jouer dans la société et pas seulement celui de procréer, son esprit est en tout point comparable et égal à celui de l’homme, ce qui ne manquera pas de choquer le clergé ainsi que la noblesse allemande pour qui la femme n’avait même pas d’âme. C’est pour ce style de déclaration que le peuple appréciera particulièrement la religieuse.

Née au sein d’une noble famille germanique, très croyante, on la fit entrer au couvent à huit ans chez les bénédictines de Disbodenberg ; elle fut confiée à l’abbesse Jutta von Spanheim qui descella bien vite les grandes qualités visionnaires de sa petite élève. Hildegarde prononcera ses vœux définitifs à l’âge de 15 ans, considéré comme l’âge de la majorité à son époque.

Les visions d’Hildegarde de Bingen commencèrent très tôt, dès sa plus tendre enfance. Apeurée, elle n’osa pas en parler autour d’elle, mais finalement encouragée par sa supérieure, elle commença à consigner ses visions dans le « Scivias » (les voies de Dieu). Lors du synode de Trèves en 1147, le pape Eugène III donna son approbation aux visions de la moniale ce qui l’encouragea à poursuivre ses écrits. Même Bernard de Clairvaux, qui n’est pourtant pas connu comme un grand admirateur de la gent féminine, assura que les visions d’Hildegarde étaient une grâce du ciel qu’elle se devait de partager. Dante Aligheri lui empruntera sa vision sur la Trinité.

Hildegarde fondera, comme il était coutume pour des abbesses, deux couvents après avoir quitté Disbdenberg, celui de Bingen auquel son nom restera lié et celui d’Eibingen où elle finira ses jours.

Cependant, comme tous les catholiques fervents, Hildegarde de Bingen eut à l’égard des cathares une attitude plutôt ambiguë et paradoxale ; elle ne manqua pas de les critiquer, de les traiter d’hérétiques et pourtant elle prendra leur défense lorsqu’ils seront pourchassés, mais cette défense même était ambiguë en ce sens qu’elle leur conseillait de retourner au sein de leur mère l’Eglise apostolique et romaine ; elle comprit toutefois leurs motivations face au clergé et ses signes extérieurs de richesse et d’opulence.

Hildegarde fut non seulement une mystique, mais elle voyagea aussi beaucoup, prêchant dans les cathédrales et les couvents. Sa correspondance prolifique avec les têtes couronnées de son temps (l’empereur Frédéric Barberousse entre autres), avec les pontifes, est également édifiante pour une femme aussi retirée du monde qu’elle l’était. Elle n’hésita pas à plaider pour une réforme radicale de l’Eglise.

La religieuse composa également plus de 77 symphonies répertoriées, son œuvre musicale fut découverte par le grand public vers 1994. Non seulement versée dans les médecines douces, elle initia ses nonnes à la gravure, l’écriture, le chant et la science, des domaines réservés aux hommes. L’une des visions qu’elle dessina (parmi beaucoup d’autres) est celle d’un homme au milieu du Cosmos, tel que trois siècles plus tard le dessinera Léonard de Vinci.

Le roman de Régine Pernoud se veut au-delà de la simple biographie, il tente de mettre en évidence sa pensée et son activité, il met l’accent sur ses sermons publics, il établit une relation entre ses visions et son époque. J’ai toutefois été un peu rebutée par toute la place occupée par les extraits des écrits de la moniale dans la biographie, mais il est évident que l’on ne peut mettre en exergue la pensée de quelqu’un si l’on ne cite pas les sources.