Eté meurtrier à Pont-Aven de Yves Josso

Clémence de Rosmadec, peintre et détective

Eté meurtrier à Pont-Aven

Le lundi 14 avril 2008 par Sheherazade

Année 1886. C’est l’été en Bretagne, il y fait doux, il y fait bon vivre et à la plus grande joie de Clémence de Rosmadec, Paul Gauguin vient se s’y rendre pour la première fois. Depuis longtemps Pont-Aven accueille des peintres de toutes les régions ; ils logent à la pension Gloanec pour la plupart ; les plus fortunés vont à l’Hôtel des Voyageurs, mais tous sont là pour peindre, boire, rire, parler, bref s’amuser.

Au manoir de Rosmadec on attend le gros de la famille : Alexis, le père et Lysandre, la mère, ainsi que Jean, le fils en permission et Albertine, la cadette qui semble avoir le don de « double vue », dont l’oncle médecin prédit que cela lui passera lorsqu’elle sera adolescente. Viennent se joindre à eux, l’oncle Julien, le prêtre plutôt porté sur le vin de messe et sur tout ce qui est à base d’alcool d’ailleurs en compagnie de sa « gouvernante », Tante Eugénie, la vieille fille bigote de la famille, passant son temps à sermonner tout le monde et à se faire mettre systématiquement en boîte par son frère architecte.

Il n’y a pas que la famille qui débarque, arrivent aussi André Kerlutu, commissaire de police à Paris et son neveu Erwan y étudiant le droit. André est amoureux de Lyssandre depuis leurs années d’étude au conservatoire et les vacances sont pour lui l’occasion de revoir cet amour de jeunesse, totalement platonique. Erwan, lui, tombe rapidement sous le charme de la délurée Clémence, bien dans sa peau, aimant se vêtir de manière naturelle, sans chapeau, sans corset, en jupe plus courte que la normale pour l’année 1886. Et surtout peintre de talent, même Gauguin, qu’elle considère comme son maître, est d’accord là-dessus.

Dans cette atmosphère estivale quasi idyllique, un affreux coup de tonnerre vient frapper les habitants du manoir : Gildas, l’ami d’enfance de Clémence, le fils de leur intendante, est accusé du meurtre d’une jeune femme posant nue pour les peintres, vivant aussi de ses charmes. Pour Clémence, il ne fait aucun doute que Gildas soit innocent, aussi décide-t-elle de tout mettre en œuvre pour l’innocenter avec l’aide d’Erwan et de son oncle. Le problème est que le juge d’instruction est un homme particulièrement obtus qui ne voit pas d’un bon œil ce commissaire de Paris se mêler de SON enquête, ni la demoiselle du château qu’il considère comme une péronelle prétentieuse. Entretemps, un ouvrier de la ferme, un infirme adopté par la famille, s’accuse du crime, mais pour tous il est aussi innocent que Gildas, que le juge doit relâcher, ce qu’il fait à contrecoeur.

Lorsqu’une autre jeune femme, modèle également, et tout aussi peu farouche, est tuée de la même manière, cela innocente les accusés mais n’arrange pas les problèmes de la police. Clémence possède un indice : une empreinte de pied, trouvée à côté des cadavres, dont elle a fait un dessin et un moulage. Elle décide donc, avec la complicité de Gildas (Erwan dans une crise de déprime jalouse a rejoint Paris), de démasquer le coupable.

Je l’avoue sans ambages j’ai acheté ce petit polar historique et artistique uniquement parce qu’il se situe en Bretagne ; celles et ceux qui me connaissent savent que c’est une région que j’adore. De plus, la bande entourant le livre était un peu « racoleuse » puisqu’elle spécifiait : « Clémence de Rosmadec, peintre et détective » !

Si le d’Yves Josso ne m’a plu qu’en partie, je dois cependant reconnaître que le livre surtout constitué de dialogues est plein de vie.

Les références historiques, littéraires et surtout artistiques sont nombreuses et fort intéressantes, de ce côté-là, rien à redire au contraire car elles font tout l’intérêt du roman. La trame policière est bien amenée, le suspense - même s’il n’est pas haletant - est bien toutefois bien présent. Et lorsque Clémence décide de tester l’assassin afin de le démasquer, on tremble qu’elle ne soit pas sauvée à temps.

La famlle décrite dans le roman est réellement atypique et terriblement sympathique, de « Madame Mère », la grand-mère à Albertine, la plus jeune de la famille, douée du don de double vue, en passant par la maman, pianiste de talent, le père, architecte et libre-penseur, le fils et bien entendu la ravissante, talentueuse et indépendante Clémence, le peintre de la famille, sans oublier la tante Eugénie vieille fille bigote et les oncles (le curé et le médecin), ils sont tous observés avec amusement et décrits avec gentillesse.

Une famille qui s’aime, c’est épatant et cela change un peu des familles dysfonctionnelles des polars noirs où la phrase de Sartre « Famille je vous hais » prend systématiquement tout son sens.

Ici tout le monde s’adore et se taquine, sans oublier les « adoptés » par Madame Mère, ceux qui font partie de la famille avec un certain paternalisme, typique des grandes familles bourgeoises qui « aiment bien leurs gens ». On fait croire que les barrières sociales n’existent pas parce qu’on invite les fermiers et les paysans à une grande fête d’été dans le jardin du château, mais leur table est quand même située « à côté » de celle des « maîtres ». Ceci dit, la scène de la grande fête de l’été m’a fait penser à la très belle scène du « Grand Meaulnes » où Augustin rencontre Yvonne de Gallais.

J’avoue aussi avoir ricané « jaune » à la diatribe de Madame Mère sur les droits des femmes, si cela réflète les pensées de l’auteur, je plains sa compagne. A part cela, la région est joliment décrite, surtout les bords de mer et les sorties en mer de la famille Rosmadec, le monde des peintres est vivant et pétulant.

Ce qui m’a par contre fortement agacée, ce sont les émois amoureux de Clémence : Gildas ou Erwan ? Erwan ou Gildas ? bon, c’est logique à 19 ans d’avoir plusieurs amoureux dans la tête, là je n’ai rien à redire. Je ne suis pas dérangée par ces émois dans le de la bigote tante Eugénie, non ce qui m’agace c’est le du romancier pour exprimer ces émois qui me les rend agaçants ! On se croirait dans un mauvais roman à l’eau de rose. C’est l’un des rares reproches que je fais à ce sympathique polar d’un autre temps, imitant les « penny dreadfuls » du début du siècle. Mais peut-être ce a-t-il été voulu par l’auteur, peut-être est ce une manière d’hommage à un littéraire désormais oublié et obsolète ? Qui sait !

En tout cas, grâce à ce livre vivant et vite lu, je me suis retrouvée en été, à Pont-Aven, sans avoir hélas la chance d’y rencontrer Paul Gauguin au détour d’une crique. Mais quel bonheur de retrouver tous ces lieux qui, comme pour Clémence de Rosmadec, ont charmé mes vacances