« Entre les murs » de François Bégaudeau

Prix France Culture Télérama du livre.

« Entre les murs »

Le mercredi 27 juin 2007 par channe01

De la salle des profs à la salle de classe, paroles vivantes. C’est un roman. C’est un vrai travail d’écriture. Restituer au vif la parole des élèves si peu conforme au français écrit et même parlé au-delà de 30 ans...

Nous sommes projetés dans la salle de classe avec la difficulté de mettre les élèves en situation de travail scolaire. J’anime des ateliers d’écritures dans les établissements scolaires et le malaise du prof, de l’adulte face à la classe, je l’ai retrouvé. Vivant, brut de décoffrage et pourtant travaillé. Bégaudeau a trouvé le moyen de me fasciner avec cette parole qui me déroute. Que je retrouve sur les feuillets des élèves et que les autorités veulent que je transcrive en français convenable. Alors, que moi, j’aurai tendance à laisser la parole en l’état. Pourvu qu’elle soit lisible, ce qui n’est pas toujours le cas. Mais quand un élève me dit que « Tolérer, c’est marcher sur un toit de tôle ». Je me dis qu’après tout l’exercice de la tolérance est aussi difficile que la marche sur un toit de tôle.

Bégaudeau nous montre aussi les professeurs tels qu’ils sont. Des humains ordinaires avec leurs préoccupations personnelles et un ennui profond qui les assaille devant la tache qu’on attend d’eux. Les professeurs ne sont pas des anges. Ils ont l’exclusion facile. Enfin, vue de loin, c’est facile à dire. Mais l’exclusion présentée comme une possibilité de se reconstruire ailleurs ne manque pas d’humour.

De l’humour, il y en a dans ce livre et de l’espoir aussi. Mais il faut absolument que l’état donne les moyens qui permettent aux enseignants d’enseigner... Le collège, l’enfermement par excellence. On n’a pas l’âge de faire quoi que ce soit par soi-même et des envies de liberté. Les hormones prennent le pouvoir et ça fait monter les colères.

Le sentiment que nous avons deux langues. Le français tel qu’il s’écrit et se parle et une autre langue qui s’impose dans la vie quotidienne et rien que des malentendus derrière les mots...

A lire pour mieux comprendre le bouillonnement de la vie, pour le plaisir aussi... celui de la langue française qui se parle à l’écrit. J’ai entendu la voix ensoleillée et « rappante » des élèves... dans le creux de l’oreille. Comme si j’y étais...

-  François Bégaudeau
-  « Entre les murs »
-  Editions verticales
-  ISBN :2070776913
-  Prix France Culture Télérama du livre.


  • « Entre les murs »  30 mai 2008, par zaza
    Bonjour,je suis enseignante de francais en Tunisie.Votre article m’a assez passionnee et eveille ma curiosite pour lire ce roman.Merci.J en ferai l’ objet de mon club de lecture.Pour vous repondre,vous avez parle des difficultes en classe a restaurer la langue francaise parlee,mentionnant l’existence d une autre "langue",parlee mais ecrite,je vais peut etre vous decevoir et vous dire que certains de mes eleves inventent chaque jour d’autres regles bien loin de celle des votres,basees sur leur culture arabe et leur dilecte et references.
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  • « Entre les murs »  29 mai 2008, par villach paul
    Bonjour, Curieuse l’absence d’analyse de la dernière palme d’or, « Entre les murs », par ceux qui ont pourtant vu le film ! À défaut, il existe déjà une bande-annonce du film : qu’annonce-t-elle comme film ? « La palme d’or du festival de Cannes : un blâme académique et une gifle pour les enseignants ? » Voici le lien de l’article : http://www.AgoraVox.fr/article.php3 ?id_article=40409 Cordialement, Pierre-Yves Chereul (Paul Villach)
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