Elena, Elena, Amore mio de Luciano De Crescenzo

Elena, Elena, Amore mio

Le samedi 30 juin 2007 par Sheherazade

Parce qu’enfant, dans la cour de récré, l’auteur et ses copains lorsqu’ils ne jouaient pas aux cow-boys et aux Indiens, jouaient à la “Guerre de Troie”. Divisés en deux camps, une partie des élèves étaient les fiers et braves guerriers grecs partis récupérer la femme de l’un d’entre eux, tandis que l’autre moitié défendait corps et âme une ville perdue à l’avance.

Par ailleurs, l’auteur alors âgé de 12 ans était amoureux fou d’une « grande » de 13 ans, qui l’ignorait superbement et qui était tellement jolie aux yeux de Luciano qu’elle était son « Hélène de Troie » à lui. C’est en souvenir d’elle et des jeux de cour de récré que lui est venue l’envie d’écrire cette nouvelle version de l’Illiade car après tout, toute femme si jeune soit-elle n’est elle pas « Hélène » dans les yeux de celui qui l’aime ?

Une version très amusante, ludique, de la Guerre de Troie, à travers les yeux d’un jeune garçon de 17 ans parti à la recherche de son père en compagnie de son mentor qui chapitre après chapitre va lui raconter ce qu’il sait de l’enlèvement de la Belle Hélène, du Jugement de Pâris, de la mort d’Hector, des soi-disants héros tel Achille, qui tout comme Agamemnon, n’étaient rien d’autres que des brutes assoiffées de gloire, d’or et de sang.

Au hasard des rencontres, Leonte et son mentor en apprennent un peu plus sur les terribles événements qui menèrent à la perte et au saccage d’Illium. Mais beaucoup de ces rencontres sont truffées de bons mots, de moments d’humour qui allègent un peu ce récit de bruit et de fureur, cette soi-disant lutte entre les dieux pour l’honneur d’une femme et qui finalement ne fut jamais rien d’autre qu’un prétexte à une guerre de plus pour un peuple à exterminer et piller un autre peuple.

Le poème homérique trouve ici une simplification qui n’est jamais simpliste.

En fin de roman, un lexique reprend la plupart des noms des différents protagonistes, dieux et déesses, afin que le lecteur puisse un peu s’y retrouver dans ce labyrinthe qu’est parfois la mythologie.

Un très bon moment de lecture, qui m’a pris un peu plus de temps que prévu car écrit dans un très bel italien, assez littéraire pas toujours facile à lire. Mais voilà un exercice de style que je ne regrette pas un seul instant.

Luciano De Crescenzo est un auteur italien, plein d’humour, qui revisite régulièrement la philosophie, y ajoutant (comme dans « Elena... » ) des commentaires personnels, simplifiant certains passages arides afin de rendre tout cela accessible à tous. Il est aussi fort apprécié pour ses livres mettant en scène le « philosophe » Bellavista, un ancien ingénieur d’IBM qui aime à commenter le monde dans lequel nous vivons, l’observant avec acuité et finesse.