Du journalisme de Les lectures

Le mardi 11 juin 2002

Parlons peu...
On oublie par trop les origines démocratiques du journal. Sans l’invention de l’écriture dont l’imprimerie n’est que l’aboutissement, il eût été, sans doute, impossible de mettre fin aux pratiques de la Grèce antique, où l’on voyait le peuple se réunir sur la place publique pour s’informer par ouï-dire des faits importants, échanger des propos, entendre discourir les savants. Le journal est né de ces anciennes coutumes. C’est donc qu’il est fait par et pour le peuple.

Naturellement, je néglige les écrivains dont les copies sont le plus souvent des inventions(le mot ici a le sens de découverte) recommandables en ce qu’elles enrichissent le domaine de la pensée et forment les bases de la saine opinion. Et je n’envisagerai pas non plus le rédacteur dont le rôle se réduit à celui d’un clerc. En effet, s’il relate simplement les évènements, il n’est à ce faire qu’un scribe ; et quand il les commente, il ne reflète que l’opinion anonyme et inédite de la foule qu’il a pu capter avec, plus ou moins de bonheur, selon son intelligence et son flair.

Souvent on dit que la presse est la reine de l’opinion. Nenni ! l’opinion que présente la presse, quatre-vingt dix neuf fois sur cent n’est point la sienne. Elle est celle de la majorité, celle du public auquel le journal, suivant le mot de la Bruyère, rend le bien prêté. Car, ici encore le public est le grand pourvoyeur ; celui dont la démarche s’imprime quotidiennement dans les colonnes du journal, démarche à laquelle nul ne saurait s’opposer sans troubler la quiétude générale...

Marcel Salnave
Haïti-Journal 3 janvier 1941