Dolce Agonia de Nancy Huston

Dolce Agonia

Le mercredi 24 décembre 2003 par Feline

Dieu nous invite à partager un des meilleurs souvenirs vécus par ses "créatures", les humains. Il nous fait donc partager l’intimité d’un repas de Thanksgiving chez Sean Farrell, poète et universitaire, atteint d’un cancer du poumon, qui a invité ses amis et collègues, ses anciennes maîtresses ainsi que leurs conjoints respectifs. Tous sont des écorchés vifs que la vie n’a pas épargnés : l’une a un fils atteint d’une tumeur, les autres ont récemment perdu un enfant, ou ont un fils en prison, ou encore souffrent d’anorexie et du rejet de leur fille...

L’ambiance bonne enfant se gâte lorsque arrivent Hal, le meilleur ami de Sean et Chloé, sa ravissante épouse de 23 ans ainsi que leur bébé. Alors, chacun s’aperçoit de sa décrépitude face à la jeunesse et la fraîcheur. Les rancunes et les jalousies se déchaînent.

Nancy Huston fait de Dieu, un conteur, un romancier. Et ce conteur prend plaisir à dévoiler entre chaque chapitre la façon dont chaque protagoniste va mourir.

Malgré un côté sombre et noir, j’ai adoré ce roman. J’ai eu du mal à le lâcher tant il m’a séduit et même une fois la dernière page tournée, il est resté présent à mon esprit pendant un certain temps. Nancy Huston écrit "divinement" bien.

Ce roman m’a rappelé "Le dîner" d’Anna Davis, qui prend place également lors d’un repas entre amis à la même époque et se teinte lui aussi d’une certaine noirceur. Mais "Dolce Agonia" me semble bien supérieur. Quelle maîtrise de la part de la romancière dans le développement des personnages et de l’intrigue.

En plus des thèmes de la jeunesse, de la vieillesse, de la mort et de l’amour, j’ai été frappée par la récurrence du thème "rapports parents-enfants". La plupart des souvenirs, des regrets, des rancoeurs et de la culpabilité des protagonistes concernent leurs pères, mères ou enfants. Ils ont tous des comptes à régler avec leurs passé familial, que ce passé soit douloureux ou au contraire heureux et regretté.