Dissolution de C. J. Sansom

Meurtres sous la Réforme anglaise

Dissolution

Le lundi 3 mai 2004 par Sheherazade

Thomas Cromwell, sur les ordres d’Henri VIII, engagea une guerre sans merci au tout-puissant clergé catholique, dont il fit confisquer les biens, raser certains monastères et distribuer les terres aux amis de la couronne.

En cette année 1537, Cromwell est à l’apogée de son succès auprès du roi. Après la révolte des nobliaux du Nord, appelée "The Pilgrimage of Grace", et qui échoua aux portes de Londres, le Lord du Sceau royal décide de montrer un peu de souplesse dans son attitude. Là-dessus, l’un de ses envoyés-commissaires dans le Nord se fait assassiner pendant une enquête au monastère de Scarnsea. Cromwell envoie donc son envoyé spécial, le juriste réformateur Matthew Shardlake et son assistant, Mark Poer, enquêter sur ce crime brutal.

Dans ce monastère glacial, Shardlake se heurte évidemment à l’hostilité des moines. Le père Jérôme, un chartreux recueilli à Scarnsea est particulièrement agressif et injurieux à l’égard des émissaires royaux. Le pauvre homme est devenu fou et handicapé suite à des tortures subies afin de lui faire abjurer la foi catholique. Mais ses propos sont-ils vraiment ceux d’un fou ?

D’autres crimes vont se produire et Shardlake a beaucoup de difficultés à percer les mystères du monastère. Personne n’est vraiment disposé à l’aider et même son assistant commence à douter du bien-fondé de leur mission.

Non seulement Matthew est face à une enquête pénible mais de plus, son intégrité va bientôt se trouver confrontée à la trahison. Le personnage de Matthew Shardlake est poignant, déjà par son physique (il est bossu et moqué par tous) ; à aucun moment, sa foi réformatrice ne vacille, son dégoût des catholiques est réel, pourtant il essaie de rester le plus juste possible mais ses amis ne seront plus jamais ceux qu’il pensait et son idéalisme sera fortement ébranlé.

L’enquête que mène ce nouvel héros dans la galerie déjà longues des polars historiques est absolument passionnante ; on est fasciné par la galerie de portraits absolument extraordinaires qui traversent ce roman.

Il faut cependant bien connaître ce domaine du schisme religieux sous Henri VIII sinon on s’y perd un peu dans la haine que se vouent les communautés, ainsi que dans les discussions autour des avoirs des monastères. L’histoire est basée sur des faits rigoureusement vrais, mais sans avoir de bonnes notions de cette période troublée de l’Angleterre, il est un peu difficile d’ "entrer dans le roman". Mais une fois qu’on y est, on n’arrive plus à le lâcher.