Des Roseaux sous le vent de Grazia Deledda

Il Paese del Vento

Le jeudi 26 août 2004 par Sheherazade

Ce roman est le journal intime de Nina, depuis son adolescence assez solitaire, passée à aider sa mère pendant que ses frères étudient, jusqu’à son mariage et sa vie dans ce "pays du vent" où elle bovaryse à souhait.

Nina, nourrie de lectures romantiques (Chateaubriant et ses "Martyres" sont ses auteur et livre préférés), a une imagination fertile, prompte à s’enflammer. Ses parents ayant perdu une partie de leurs biens, ils acceptent des hôtes payant pour améliorer les revenus de la famille. Parmi eux, Gabriele, jeune homme brillant, beau et qui ignore totalement l’adolescente qui s’est emballée follement.

Gabriele parti, il occupe la mémoire de Nina mais un nouveau pensionnaire, jeune homme sérieux, s’éprend d’elle et demande sa main. Pour échapper à la vie de "vieille fille" pauvre qui l’attend, Nina accepte et le suit dans ce village où il a obtenu un poste. L’amour que lui porte son mari est décrit de manière touchante ; le jeune homme est naturellement bon et convaincu qu’en acceptant Nina telle qu’elle est, elle finira par l’aimer. Il est le personnage du livre représentant la certitude, le calme, la raison. Trop de calme et de raison sans doute car Nina reste accrochée à son image d’amour romantique ; elle s’ennuie dans ce pays, elle méprise les villageois.

Coup de théâtre : un jour en se promenant dans l’île, dans ce pays du vent, ce vent qui exacerbe tous les sentiments, Nina retrouve Gabriele exilé là pour cause de maladie. La flamme de son amour imaginaire se ravive, mais cette fois le jeune homme a compris ce qu’elle éprouve et il se dit prêt à mourir pour elle, voire avec elle ! Mourir, de toute façon, est inéluctable pour lui, sa santé l’ayant condamné. Pour Nina, il est l’incertitude, les errances d’une âme romanesque d’une très jeune femme frustrée.

Prévenu par un villageois, le mari de Nina finit par sortir de sa discrétion, à bout de patience et de compréhension. Il laissait son épouse libre par respect pour son indépendance de caractère, mais là il explose face à cette femme-enfant qui se moque de lui par son indifférence et son égoïsme.

Grazia Deledda excelle dans la description des villages, on sent en elle une grande tendresse pour les gens simples. La poésie de ce texte court et intense est merveilleuse. On se prend à rêver d’être dans ce pays qui n’a d’autre nom que "le pays du vent", ce vent qui emporte tous les sentiments. La partie la plus autobiographique de la vie de l’auteur se retrouve lorsque Nina décrit sa jeunesse au sein de sa famille, où seuls les garçons avaient l’accès, le droit aux études.

Il Paese del Vento est l’une des dernières oeuvres de Grazia Deledda ; on y retrouve comme dans toute son oeuvre, l’influence du verismo, mouvement tendant au romantisme mais également à la description de la réalité des gens pauvres.