Death at Epsom Downs de Robin Paige

Death at Epsom Downs

Le samedi 22 septembre 2007 par Sheherazade

Le Derby d’Epsom, une course hippique aussi prestigieuse qu’Ascot, réunit toute la gentry victorienne et Lord & Lady Sheridan o­nt même l’honneur d’être les invités dans la "loge" du Prince de Galles. Il leur présente l’une de ses nombreuses ex-maîtresses, la célèbre actrice Lily Langtry, surnommée Jersey Lillie et même Mister Jersey dans le monde des courses en tant que propriétaire de chevaux.

Pourtant ce qui commence par une agréable journée de fête est entaché par un cheval devenu comme fou et la mort de son jockey, ainsi que l’abattage d’un autre cheval blessé. Le Prince de Galles mande immédiatement Charlie Sheridan de s’occuper de cette sordide affaire car le cheval "fou" aurait été dopé, une mauvaise habitude amenée en Angleterre par les jockeys américains. Les éminents membres du Jockey Club souhaiteraient voir très rapidement disparaître cette sordide habitude.

Pendant que son époux enquête, Kathryn Ardleigh, pas vraiment intéressée par le monde des courses de chevaux (et comme je la comprends !) accepte l’invitation de Mrs. Langtry qu’elle a l’intention d’interviewer pour le journal auquel elle collabore et qui sait, peut-être permettre à Beryl Bardwell (son nom de plume) de glâner quelque matière à son prochain roman policier. Plus personne n’est d’ailleurs dupe de ce pseudonyme et le "passe-temps" de lady Somerset amuse prodigieusement son Altesse Royale.

Quant à Lillie Langtry, une gloire de la scène dans les années 1870 - celle dont Sarah Bernhardt disait avec rosserie : elle ira loin, pas grâce à son talent mais grâce à son menton volontaire ! - elle semble perpétuellement en représentation et il est bien difficile de savoir quand elle joue ou non ; la vérité semble être très flexible en ce qui la concerne.

Elle a, de plus, décidé d’adapter un des romans de Beryl Bardwell/Kate au théâtre et bien que celle-ci lui ait opposé un refus, le mot "non" semble exclu de son vocabulaire, surtout si ce sont les autres qui le prononcent.En cours d’enquête, avec l’aide de Jack Murray ancien détective à Scotland Yard, Lord et Lady Charles ont la grande joie de retrouver Patrick (Paddy) le jeune garçon rencontré à Rottingdean et qui fait partie de l’équipe des futurs jockeys de Grange House.

Entre-temps, le bookmaker Alfred Day se fait tuer et les soupçons se portent sur l’actrice car, comme beaucoup de personnes, elle lui devait une somme considérable et le bookmaker n’avait aucun scrupule à exercer une forme de chantage sur ses débiteurs.

Or des secrets, Lillie Langtry en a : à commencer par sa fille, qu’elle fait passer pour sa nièce et qui est probablement la fille du Prince de Galles ou de son frère (ne soyons pas difficile, tout cela est une affaire de famille après tout !!) ; ensuite il y a l’accident mystérieux qui coûta la vie à Edward Langtry qui refusait le divorce et enfin, le vol bizarre des bijoux de l’actrice quelques années auparavant.

Il y a d’autre part un visiteur mystérieux à Royal Lodge, résidence de Langtry, un certain Spider, un homme que l’on ne connaît que par ce surnom, mais dont il est certain qu’il s’agit de quelqu’un d’extrêmement riche ayant des vues sur Lillie, qui elle lorgne du côté d’un jeune et très riche aristocrate dont le titre l’attire fort. Bref toutes les habituelles magouilles de l’hypocrisie victorienne où tout doit rester caché par la soi-disant bienséance, pourvu que les apparences soient sauves. Charles et Kathryn Sheridan ne s’embarrassent guère de ces convenances, pour eux la vérité est plus importante et surtout s’il s’agit de sauver Patrick leur protégé et son ami, le cheval Gladiator.

Dans cet épisode des Sheridan, Robin Paige nous ouvre les barrières des champs de course et du monde des paris et magouilles en tous genres. C’est comme pour les autos, faut aimer !

Cependant, l’intrigue policière est bien ficelée et il y a quelques jolies descriptions de la campagne anglaise.

Jersey Lillie était à l’époque victorienne aussi célèbre que Jennifer Lopez et Madonna le sont à la notre, pas tellement en raison de son talent mais surtout pour sa vie privée tumultueuse. Ses frasques faisaient les délices de la presse à scandale du 19ème siècle. Elle épousa effectivement Hugo de Bathe, un jeune aristocrate à peine plus âgé que sa fille, pour le titre et l’argent. Quant à Jeanne-Marie, la fille de Lily Langtry, elle rompit toute relation avec sa mère.

On se posait aussi beaucoup de question à propos du fameux vol des bijoux de l’actrice, bijoux valant une réelle fortune et que la rumeur prétendait être vendus par Langtry pour couvrir toutes ses dettes et remplacés par des faux pour que la banque l’indemnise.

La série est plaisante, son originalité résidant surtout dans le fait que les auteurs mélangent avec plus ou moins de bonheur des personnages fictifs à des personnages ayant historiquement existé. Il est d’ailleurs quasi obligatoire de lire les romans de la série dans l’ordre car il y a une certaine progression dans la vie personnelle des personnages ; le prince héritier, Edward Albert surnommé « Bertie », aux multiples conquêtes féminines, est notamment une clé de voûte de toute la série. Plus particulièrement parce que ce sont justement ses maîtresses en titre qui se retrouvent dans des situations difficiles voire dramatiques, en butte à des maîtres-chanteurs ou victimes de vol, quand elles ne sont pas carrément accusées de meurtre, comme c’est le cas pour Lillie Langtry, actrice célèbre surnommée « Jersey Lily ».

Par ailleurs, est-ce parce que les Robin Paige sont américains, mais il y a une erreur dans la manière d’adresser leur titre aux les personnages de la noblesse : en effet, on ne dit « Votre Majesté » à un prince royal. Le prince de Galles devrait être seulement adressé en tant que « Votre Altesse Royale ».

Quant à Sheridan, son titre est ou bien « Lord Somerset » ou « Sir Charles » mais certainement pas « Lord Charles », ça c’est vraiment la faute de goût et d’étiquette et je m’étonne que les auteurs l’ait commise car on sent bien qu’ils font pas mal de recherches sur l’époque.