Come, tell me how you live de Agatha Christie

Come, tell me how you live

Le dimanche 5 mars 2006 par Sheherazade

Agatha Christie, tout le monde la connaît, on ne présente plus la « Reine du Crime ». L’épouse de Max Mallowan l’archéologue, et ses tribulations à travers la Mésopotamie sont nettement moins connues, bien que la région ait inspiré à l’auteure de polars britanniques quelques aventures policières passionnantes (Murder in Mesopotamia, They came to Bagdad, Death on the Nile, sans oublier le célèbre Murder on the Orient Express, directement inspiré par ce mode de transport que l’une de mes auteurs préférés appréciait particulièrement).

Lorsqu’elle se rendit à Ur en Chaldée vers la fin des années 20 en compagnie de ses amis, le couple d’archéologues Woolley, elle y fait la connaissance du jeune Max Mallowan qui devint son guide au cours de ce voyage ; de guide à amoureux il n’y eut qu’un pas vite franchi et ils se marièrent malgré la différence d’âge. Il faut dire que l’esprit, l’intelligence, l’humour, la vivacité d’Agatha avait tout pour séduire le sérieux jeune homme qui n’avait lu aucun des livres de l’auteure, ce qu’elle trouva fort amusant au demeurant ; sa célébrité n’impressionna d’ailleurs nullement le jeune homme.

Après le mariage, Agatha Christie Mallowan, passionnée par les fouilles archéologiques, suivit son nouvel époux au Moyen Orient ; ce sont ces tribulations que l’écrivain nous raconte avec une verve et une drôlerie telles que non seulement on rit à chaque page, mais on regrette vivement que le livre soit aussi court.

Tout en poursuivant la rédaction de ses polars, elle aidait aux fouilles, photographiant et développant les photos, nettoyant et étiquetant les objets délicats.

Le réel intérêt du livre est évidemment la vie sur place, les déboires avec le personnel autochtone, toujours plein de bonne volonté mais absolument pas stylé, du moins dans la conception occidentale du style. Persuadés de ses talents médicaux, les travailleurs faisaient appel à elle pour régler leurs problèmes gastro-intestinaux mais aussi ceux des femmes musulmanes non autorisées à fréquenter un médecin masculin ; sur les fouilles, les problèmes entre ethnies différentes n’allaient pas toujours sans mal non plus (leur chauffeur arménien, catholique convaincu, se faisait un malin plaisir à foncer sur les habitants musulmans), mais en toute circonstance Max Mallowan conservait un calme imperturbable et réglait tout cela d’une main de fer dans un gant de velours, pendant que son épouse tentait de faire la conversation avec le jeune architecte Mac, toujours sérieux à l’extrême et passablement laconique, laissant Agatha Christie persuadée qu’il la prenait pour la reine des idiotes.

Le train-train quotidien, les déboires rencontrés avec les véhicules, avec les bonnes affaires réalisées par Michel, le chauffeur arménien, toujours convaincu de faire gagner de l’argent à ses employeurs bien qu’il faille jeter la plupart de ses achats, tout est observé avec gentillesse et humour ; la « Reine du Crime » y montre une patience et une bonne humeur en (presque) toutes circonstances à l’égard d’une vie dans des circonstances peu faciles pour cette femme habituée à une vie confortable en Angleterre ; lorsqu’il lui est arrivé de craquer et de décider que c’en était fini, qu’elle retournait « vers la civilisation », la tendresse de son époux et l’envie très nette de lui faire plaisir de tous les travailleurs remettait bien vite les pendules à l’heure.

D’entrée le livre est hilarant : je vous recommande la session du choix de vêtements nécessaires au voyage ; Mrs. Christie était une femme de belle stature, ce que l’on a l’habitude d’appeler « une belle plante », inutile d’ajouter qu’elle ne trouvait pas facilement de vêtements pratiques dans des tissus tels le lin et le coton, si agréables dans les pays chauds. Ses démêlés avec le vendeur, qui lui fit observer que « Médème est Hors Norme », est un pur régal d’auto-dérision.

Le livre est truffé d’anecdotes de ce style ; il n’est nul besoin d’être un fan des œuvres policières de l’écrivain pour apprécier ce récit autobiographique.

A lire absolument en ces jours hivernaux, pour dissiper la grisaille ambiante et bénéficier du chaud soleil du Moyen-Orient.