Colloque sentimental de Julie Wolkenstein

Colloque sentimental

Le mardi 6 mai 2003 par Feline

La quatrième de couverture était alléchante : au XIXème siècle, une romancière, Ann Hellbrown, décide de renoncer à l’écriture suite au décès accidentel de son époux et ce pour de mystérieuses raisons. Aujourd’hui, dans la petite ville française de R... où l’écrivain a passé la majeure partie de sa vie et plus précisément dans la villa où elle a résidé, un colloque est organisé par Bernard Grabant, un universitaire belâtre qui voit dans ce projet une chance de promotion et d’exil loin de sa famille.

En effet, une mystérieuse correspondante lui a fait miroiter l’existence d’un manuscrit postérieur à la date à laquelle Ann Hellbrown a fait la promesse de ne plus écrire. Il convie à ce colloque une américaine spécialiste de la romancière, qui vient de publier la traduction de ses écrits en anglais, une jeune historienne spécialiste des accouchements et qui a analysé l’essai de A. H. sur l’art d’être mère et quelques autres imminences françaises. A cela s’ajoute, le jeune motard dont le patronyme est identique à celui du peintre attitré de l’écrivain et une jeune étudiante, qui travaille dans le manoir en question et se passionne pour l’oeuvre de l’écrivain qui y vécut.

Sur fond de secrets enfouis, de vérités qui refont surface, le lecteur est plongé dans un colloque universitaire, qui ressemble davantage à une partie de campagne qu’à une véritable rencontre universitaire. Cela se transforme rapidement en enquête sur l’existence ou non d’un manuscrit. Le récit est d’ailleurs entrecoupé d’annexe en italique où la romancière évoque le drame qui a couté la vie à son époux. Et le terme "sentimental" accolé à colloque dans le titre, me direz-vous ? Eh bien oui, Julie Wolkenstein a osé le pire : elle a ajouté des romances complétement prévisibles qui tournent à la miévrie.

La construction du roman est originale et l’idée de départ est pleine de promesses. Malheureusement, le traitement qu’en fait la romancière tombe vite dans la banalité et la fin est des plus décevantes. On n’est pas du tout tenu en haleine par le "suspense" que la découverte du secret est sensé maintenir. De plus, j’ai le sentiment (que je partage visiblement avec un critique sur Amazon) que Mme Wolkenstein a voulu écrire un roman sur le monde universitaire dans la plus pure tradition britannique (cf l’intrigue qu’un anglais n’aurait pas renié). Malheureusement cette tentative se révèle ratée dès le début.

Malgré tout, ce roman se laisse lire. Il n’est pas désagréable, pourra sans doute plaire à certains lecteurs que les différents points que j’ai soulevés ne gêneront pas. Mais il ne me laissera pas un souvenir impérissable, si ce n’est une désagréable sensation d’avoir été flouée par le verso, mais ça...