Close Range de Annie Proulx

La difficulté de vivre dans les grands espaces

Close Range

Le vendredi 22 juin 2007 par Sheherazade

Résumer Annie Proulx c’est automatiquement la desservir car clle est de ces écrivains qu’il faut lire, accepter son style parfois un peu lent, très descriptif et entrer de plein pied dans ses histoires ; son style d’écriture est exceptionnellement riche, ses descriptions de paysages vous coupent le souffle et ses études de caractère, ses personnages vous poursuivent longtemps encore lorsque le livre est refermé.

« Close Range » est un recueil de onze nouvelles, qui d’emblée vous emportent par leurs images vives. J’avoue avoir des difficultés à résumer des nouvelles ; d’ailleurs leur intitulé anglais, à savoir « short stories » explique bien qu’il s’agit là d’histoires courtes, et les histoires courtes ne se résument pas vraiment n’est ce pas ? D’autre part, les nouvelles ont cela d’intéressant pour les lecteurs, c’est qu’on peut lâcher le livre entre deux histoires pour éventuellement lire d’autres livres ou faire d’autres choses.

Parmi les onze titres, il est celui qui est déjà en tête de la chronique cinématographique actuelle grâce au film d’Ang Lee, puisqu’il s’agit de «  Brokeback Mountain  », l’histoire d’amour entre deux cow-boys, dans un monde profondément intolérant et violent, où il vaut mieux que leur homosexualité ne soit pas sue. Dire qu’il s’agit d’un conte très émouvant est d’une telle platitude que j’ai presque honte d’utiliser ce terme, et pourtant c’est bien d’émotion, de tendresse qu’il s’agit en un lieu et une époque où il vaudrait mieux être hétéro !

L’une des autres nouvelles incluses dans « Close Range » est « The Half-Skinned Steer » qui fut sélectionnée pour figurer dans la version 1998 des « Best American Short Stories », et le célèbre John Updike a sélectionné cette même nouvelle pour figurer dans son recueil des « Best American Short Stories of the Century », c’est-à-dire les « Meilleures Nouvelles américaines du Siècle », pas moins ! C’est l’histoire d’un vieil homme devant se rendre aux funérailles de son frère, ce qui signifie le retour vers la demeure ancestrale qu’il s’est efforcée d’oublier tout au long de sa vie.

Par ailleurs, « Brokeback Mountain » a gagné le très convoité « O’Henry Short Story Award », de même qu’un prix du National Magazine après sa publication dans le New York Times.

L’ensemble des nouvelles dans « Close Range » a pour fil conducteur le mauvaix choix en amour ou du moins les choix difficiles et les conséquences à assumer des choix que l’on a fait, la solitude dans des paysages à la fois très beaux et très durs. Bref dans nos vies rien n’est facile et Annie Proulx nous le rappelle avec une plume superbe.

« People in Hell just want a drink of water » parle de familles dysfonctionnelles (un sujet des plus classiques chez cette auteure) ; « The bunchgrass edge of the world » est une grinçante parodie de sagas familiales ; « The Mud below » est l’histoire d’un homme de rodeo, un « cowboy solitaire » comme on les voit au cinéma, dans une société qui tolère mal les solitaires justement. « Job history », « Blood Bay », “Bunchgrass Edge of the world”, “Pair of Spurs”, “Lonely coast”, “Governors of Wyoming” (une histoire d’écologie face aux vachers), “Miles to the gas pump”, complètent ce livre de contes à la fois tendres et grinçants.

Pour cet écrivain, les grands espaces du Wyoming ou de l’Ouest Américain en général sont tout sauf cette image romantique qui mène à la contemplation et la méditation ; pour ceux qui y vivent et y travaillent c’est un monde dur et pénible, où il reste peu de temps à l’introspection.

Annie Proulx est aussi l’auteur qui remporta le Prix Pulitzer pour roman de fiction en 1994 avec son superbe «  Shipping News  ». Elle cumule d’ailleurs les prix littéraires depuis qu’elle s’est mise tardivement à l’écriture à savoir vers l’âge de 50 ans. Ce qu’il y a de merveilleux par la lecture et grâce à de tels auteurs, c’est l’immense plaisir que l’on éprouve à écrire soi-même pour parler de ce type de livre. Bref vous l’aurez constaté, je ne suis guère à même de bien résumer des nouvelles, mais je peux en parler à l’infini.

Je ne peux que conseiller de la découvrir.