Clairs Obscurs de Paul Colize

Clairs Obscurs

Le samedi 19 janvier 2008 par Sheherazade

A Moscou, un homme est retrouvé pendu dans un bureau ; la police moscovite est sur les lieux, alertée par ledit concierge, lui-même alerté par les voisins. Le pendu est de nationalité américaine ; ça n’amusait déjà pas les policiers cette pendaison, mais si en plus il s’agit d’un étranger ... pourquoi les gens ne se tuent-ils pas chez eux, ce serait tellement plus simple pour tout le monde !

Jean-Pierre Vandamme - rien à voir avec le Jean-Claude du même nom, nettement plus célèbre, plus riche - est journaliste à Euroworld TV, une sorte de CNN européen, à Moscou. Sa passion à notre Vandamme journaliste est l’écriture de romans policiers ; il a pour personnage récurrent un détective privé Gordon Spice, qui se la joue façon Philip Marlowe, amateur de jolies filles et d’alcool, au langage pas vraiment châtié. Mais soit, on a les alter ego littéraires qu’on peut et Jean-Pierre ne se voyait pas vraiment avoir pour héros un privé lui ressemblant physiquement, lui qui est grand, maigre, roux et très blanc de peau !

Après cette disgression pour situer les personnages, retour à l’enquête ; les autorités policières russes ont donc conclu à la mort de Bob Walsh par suicide et voilà que débarque là-dedans notre jeune reporter à la recherche d’un scoop, d’un sujet de bouquin, c’est pas croyable les prétextes que l’on s’invente quand on s’ennuie dans sa petite existence !

Sur les conseils de Gordon Spice qui le suit pas à pas - forcément ! - Jean-Pierre Vandamme regarde l’ordinateur et découvre un message qui l’intrigue. Après avoir consulté « Mickey Mouse », alias Patrick le génie de l’informatique d’Euroworld TV, il semblerait que le courriel ait été envoyé via une messagerie permettant l’anonymat de l’expéditeur. Afin de comprendre le contenu sybillin du message, JP envoie un courriel aux collègues et lui arrive la réponse d’Anita da Silva, journaliste à Euroworld Madrid ; elle lui confirme que son époux a reçu un message de ce style, tout juste avant de se suicider de la manière dont les choses sont décrites dans le courriel. Or que Walsh se soit pendu signifie qu’il y a un « bug » quelque part ! Le mari d’Anita faisait partie de la secte de scientologie créée par Ron Hubbard.

JP et Anita décident donc d’unir leurs efforts ; il va donc reporter ses maigres éléments à son patron, collectionneur de porte-clés (copocléphile que ça s’appelle, d’après l’auteur du roman) et le moins que l’on puisse dire, pas une lumière ; tout juste un gars qui flaire de l’avancement si ses collaborateurs font du bon boulot - de l’avancement pour lui, tout le monde l’aura compris.

Il va donc donner carte blanche à Vandamme, qui va piocher partout, consulter une morpho-psychologue, amatrice de loukoums, toujours flanqué de Gordon Spice, mais aussi d’Anita da Silva, jeune femme assez hystérique mais efficace dans le travail, d’autant plus efficace qu’il s’agit pour elle d’une affaire personnelle.

Parallèlement à nos Tintin&Milou d’Euroworld TV, le lecteur assiste à la longue agonie d’une jeune femme, Linda MacDonald, morte en 1995, retrouvée dans un parc public dans un état épouvantable. Cette jeune femme était membre de la secte de scientologie et le lecteur assiste à son ascension au sein du groupe, jusqu’à sa fin. Entretemps la malheureuse créature aura subi autant d’humiliations que de louanges. Cette mort aurait-elle un lien avec l’homme trouvé à Moscou, peut être, le tout sera de découvrir lequel.

J’avais eu le grand plaisir, grâce au site « pol’art noir » de découvrir l’écrivain Paul Colize par l’entremise de son quatrième roman « Quatre Valets et une dame » ; j’avais été sous le charme de ce polar, plein d’ironie, d’ambiance un peu glauque, l’histoire d’une vengeance implacable.

Surfant sur la vague du « Da Vinci Code », sorti un peu avant, Paul Colize a eu envie j’imagine d’écrire aussi son « polar ésotérique ». En ce sens, le livre est une très amusante parodie du genre.

« Clairs Obscurs » m’a énormément plu par son intrigue, on y voyage de Moscou à Madrid, en passant par Miami et des tas d’autres patelins US. De bout en bout, l’enquête est passionnante. Là où j’ai eu un peu de mal, où j’ai même franchement rechigné par instant, c’est dans le ton et les dialogues pas toujours très relevés ; le style se veut dynamique mais j’ai toujours quelques difficultés avec les grossièretés jalonnant un polar ; cela doit être dû à ma préférence pour les « armchair detectives » dans le style britannique. Que voulez-vous, on ne se refait pas et peut-être suis-je un peu vieille école en littérature.

Dans le roman « Clairs Obscurs » l’église de scientologie en prend plein la figure et ça c’est formidable ! J’ai une sainte (bin oui, pas pu m’en empêcher !) horreur des sectes et des chapelles de tous acabits, c’est viscéral, dès qu’on érige un dogme, une doctrine, je prends mes jambes à mon cou.

Je suis surprise que les scientologues n’aient pas tenté de faire interdire le roman, sachant à quel point ils aiment les procédures. Ils ont dû mal comprendre le roman - s’ils l’ont lu, ce qui reste à voir - et s’imaginer qu’il s’agissait d’une publicité écrite par un admirateur... les religieux sont ainsi faits, ils voient le diable et l’ange partout. Cette fausse église mais vraie secte aime bien s’appeler « Association Spirituelle » ... spirituelle, pas dans le sens d’avoir de l’humour et de l’esprit en tout cas. On peut d’ailleurs lire sur wikipedia une citation d’Hubbard à un auteur de science-fiction, où le guru dit avoir envie de créer une religion «  vu que c’est là qu’il y a de l’argent » !! En tout cas, tout ce que décrit Paul Colize concernant la secte est rigoureusement exact, y compris le nom des célébrités qui la soutiennent. Et bien entendu elle se rend indispensable lors de catastrophes comme le tsunami ou la Nouvelle-Orléans, afin de faire profiter les malheureux de ses services et rafler quelques membres au passage.

Pour en revenir à Paul Colize, le choix du patronyme de son protagoniste principal, Vandamme (Jean-Pierre) n’est pas uniquement dû au hasard. Notre karateka devenu star à Hollywood et grâce à ses théories « Aware » est très aimé (au second degré) par l’auteur. Et pourquoi pas après tout, Vandamme est une histoire belge à lui tout seul. Moi aussi je me tords de rire chaque fois qu’il ouvre la bouche et je trouve qu’il ne l’ouvre plus assez ces temps-ci. Il vient de terminer un film plus ou moins autobiographique et légèrement parodique ; mon fils qui travaillait sur le tournage (dans le service de sécurité) n’a malheureusement pas que des bons souvenirs d’un type dont l’image extérieure est celui d’un gars sympa. Mais bon, c’est aussi ça le cinéma !

Le titre même du roman est un petit jeu de mots, une clef, puisqu’en langage scientologique le « Clair » est celui qui est débarrassé de toutes les influences néfastes ... ça doit être ça l’humour au second degré !


  • Clairs Obscurs  20 janvier 2008, par Sheherazade
    WOW ! il y a trois fois "donc" sur deux lignes ... pas bien ça, j’ai oublié de me relire !
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